Les Tambours de Brazza.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

L’orchestre urbain des Tambours de Brazza célébrait il y a peu son 20ème anniversaire avec un nouvel album (« Sur la Route des Caravanes »).
Rencontre avec le créateur du groupe, le batteur Emile Biayenda.
Emile Biayenda (Au fond à droite. Photo noir et blanc: Jocelyne Gallais). (En haut à gauche. Photo couleur: Patrice Dalmagne).
Emile Biayenda (Au fond à droite. Photo noir et blanc: Jocelyne Gallais). (En haut à gauche. Photo couleur: Patrice Dalmagne).

Emile Biayenda (Au fond à droite. Photo noir et blanc: Jocelyne Gallais). (En haut à gauche. Photo couleur: Patrice Dalmagne).

Racontez-nous votre enfance musicale ?
Je suis né à Malela-Bombé, un petit village de la région du Pool au sud du Congo-Brazzaville. Mon père était un grand danseur mais il n’y avait pas de musiciens dans ma famille.
Mon premier vrai contact avec la musique s’est fait au moment de l’arrivée au monde de mes frères jumeaux. Avant de les présenter publiquement à la communauté, mes parents ont préparé un rituel Bantou qui remonte  à « la nuit des temps » et qui consiste à apprendre un répertoire de chants traditionnels qui le jour venu est accompagné et dirigé par un maître tambour. J’avais cinq ou six ans et en tant qu’enfant ayant « ouvert la route », j’ai participé aux répétitions puis à la cérémonie.
Plus tard, j’ai chanté dans des chorales chrétiennes, joué à l’église comme percussionniste. Puis j’ai appris la batterie avant d’accompagner de nombreux groupes et artistes dont un des plus connus est Zao (« Ancien Combattant »).
A la fin des années 1980, vous avez séjourné 6 mois chez les Pygmées Baabi du sud  du Congo?
Oui. J’y suis allé avec mon ami Francky Moulet qui a d’ailleurs réalisé le dernier album des « Tambours ». J’étais depuis longtemps impressionné par l’architecture complexe de leurs  musiques et de leurs polyphonies. Cette immersion nous a permis de mieux comprendre leurs chants, leurs rythmes, mais surtout d’avoir un regard différent sur la manière de jouer à plusieurs, d’utiliser et de placer chaque instrument. La transmission de leur répertoire s’est fait d’une façon assez simple : nous avons appris en participant à leur vie quotidienne au cœur de la forêt tropicale, chaque instant était un moment d’apprentissage…
Comment ont démarré « les Tambours de Brazza » ?
L’histoire a débuté dès 1991 par un curieux concours de circonstance. On m’avait demandé de réunir des ballets traditionnels afin de clôturer les festivités d’un carnaval organisé à Brazzaville. Je m’étais plus ou moins éloigné de cette idée en réunissant autour de moi une centaine de percussionnistes. Le résultat m’a semblé intéressant et c’est à partir de là que les Tambours de Brazza ont été créés dans le quartier populaire de Bacongo dans la capitale congolaise. Nous avons participé aux deuxièmes jeux de la Francophonie, au MASA (Le Marché des Arts du Spectacle Africain) qui se tenait à Abidjan en Côte d’Ivoire.
Les Tambours de Brazza.
Que s’est-il passé ensuite au milieu des années 1990 ?
Avec ce que j’avais appris chez les Baabi, il me semblait essentiel que les « Tambours »  apportent leurs connaissances aux plus jeunes qui le désiraient. J’ai recruté des « anciens » du village  afin qu’ils transmettent leur savoir faire d’artistes et de luthiers. A long terme, le but était d’acquérir une parcelle  de terrain assez importante afin de bâtir un centre de formation, de création et de diffusion où élèves et formateurs cohabiteraient comme dans une grande famille. Nous avions même monté « Les Tambours de Brazza Juniors », dans le but de préparer la relève…
Malheureusement la guerre nous a obligé de fuir le pays. En 1998, je me suis retrouvé avec une partie de l’orchestre au Bénin, d’autres se sont réfugiés ailleurs en Afrique ou en Europe. Puis, nous avons quitté définitivement notre continent. Pendant les moments d’exil, nous avons toujours gardé le contact entre nous, nous avons continué à nous produire en petite formation à travers le monde et j’ai rencontré de nombreux musiciens issus de différentes traditions populaires ou du jazz.
En l’an 2000, grâce à Christian Mousset, le directeur du festival Musiques métisses d’Angoulême et la région Poitou-Charentes, nous avons remonté la formation actuelle.
« Les Tambours de Brazza » sont donc un groupe à géométrie variable ?
C'est plutôt un collectif avec un noyau dur…
Photos: Frantz-Minh Raimbourg.
Photos: Frantz-Minh Raimbourg.

Photos: Frantz-Minh Raimbourg.

Pouvez-vous nous parler du tambour sacré ngoma ?
Ngoma veut dire à la fois « la Force de la panthère » (ngo) et « ce que l’on donne » (ma).
A l’origine, c’était un moyen de communication. Sa fabrication se déroule en plusieurs parties : L’artisan choisit en toute intimité son arbre et les différentes parties du tronc qui définiront le type de tambour. Plus tard, chaque membre du village ou de la communauté intervient au moment de poser la peau et transmet ainsi toutes les mentalités de l’homme : le ngoma peut faire danser, pleurer, endormir ou transmettre un message…
Les différents instruments représentent une famille: il y a d’abord l’ouvreur, le kidoukoulou, le plus petit fabriqué avec une peau de chèvre. Il soutient la structure rythmique du morceau et c’est lui qu’il faut écouter pour repérer le rythme. Il y  a ensuite le tambour intermédiaire Muana Ngoma (le fils) puis le ngouri ngoma (la mère, le soliste) qui a un son particulier, proche de la contrebasse. Il est joué uniquement par les initiés qui ont passé une formation auprès d’un maître pour en apprendre le langage, les règles et les codes. Par exemple, personne n’a le droit de danser ou de se présenter sans être invité par celui-ci.
Justement, quel est le lien entre cet instrument et tous les artistes ?
C’est le maître de cérémonie et le garant de la tradition. Il forme un « couple » avec le batteur et c’est lui qui fait le lien entre tous.
Dans le groupe, nous avons trois sections de 2 ouvreurs et de 2 fils qui jouent des rythmes traditionnels quelque soit le morceau. Les 4 solistes ngouri jonglent entre la mémoire, les compositions originales et de longs moments laissés à l’improvisation. Tous les musiciens sont aussi danseurs et chanteurs et ce n’est pas toujours facile parce que ces instruments peuvent peser jusqu’à 15 kilos !
Quand à moi, le batteur du groupe, mon travail consiste à trouver des liens entre notre héritage musical et les rythmes actuels. Dès nos débuts, j’ai toujours été intéressé à la fois par l’idée de croisements artistiques, mais aussi par la recherche des racines authentiques des cultures. C’est donc sur le socle du patrimoine pygmée que les percussions et la batterie se sont installées. La guitare électrique et la basse que l’on retrouve dans la rumba et le soukouss congolais sont ensuite arrivées. L’apparition de nouveaux instruments comme le violon, l’orgue, la trompette,…s’est faite progressivement à l’occasion de rencontres au cours des enregistrements de disques. Il y a eu par exemple le piano sur le disque « Tandala » (2003).
A nos débuts, lorsque nous répétions à Brazzaville, il y avait des rappeurs. Le chanteur Frédy Massamba était de ceux-là ! Il est avec « les Tambours » depuis le début.
Photo: Frantz-Minh Raimbourg.

Photo: Frantz-Minh Raimbourg.

Parlez-nous de votre dernier album ?
Nous avons voulu retracer l’itinéraire de la route des esclaves qui  traversait l’Afrique de Zanzibar à la ville de Pointe Noire, au Congo. J’ai fait appel à mon vieux complice Francky Moulet pour la réalisation, à une dizaine de musiciens issus du collectif des Tambours et à quelques invités comme Ray Lema, Sylvain Kassap et l’accordéoniste régis Gizavo. Chaque titre est une nouvelle étape, le violon classique croise la trompette jazz et il y a des clins d’oeils au reggae et au rap ! L’orchestration reflète les influences de chaque membre du groupe !
Les Tambours de Brazza fêtent leurs 20 ans ?
Oui. Depuis la sortie du dernier opus, nous avons joué dans différents lieux en France et à l’étranger et avons participé à de nombreux festivals dont le WOMEX au Pays de Galles.
Nous serons à nouveau sur les routes cet été et j'attends ce moment avec impatience !
Même si ce ne fut pas toujours facile, nous n’avons jamais arrêté. En toute modestie, nous avons apporté une autre manière de pratiquer la percussion, en gardant la tradition mais en intégrant des arrangements complexes et en introduisant des instruments modernes. Sur scène, les « Tambours de Brazza », c’est avant tout un voyage musical et rythmique…
Le ngoma, ce bout de bois recouvert d’une peau a fait danser le monde entier et c’est ce qui me rend le plus heureux !
 
                                                           Propos recueillis par Frantz-Minh Raimbourg.
Photo: Jocelyne Gallais.

Photo: Jocelyne Gallais.

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selma 19/08/2014 18:12

Bravo mon petit papa, fiere de toi

Biayenda 30/06/2014 05:59

Excellent article
Belle transcription des paroles du grand tambours. Merci pour nous, pour le tambours et pour la musique...

MariSoa 30/06/2014 00:21

Très bel interview!

EONO 27/09/2014 23:19

oui très beau roman, sauf que toutes les pages racontant la naissance du groupe sont un pur tissu de mensonges et je me dois de le souligner pour tous les TB de Brazza qui ont oeuvré à la création du groupe

dalmagne 30/06/2014 00:10

bravo Frantz minh,!!!!!