Viet Vo Da House

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Encore inconnu en France, Viet Vo Da House est unique en son genre.
Influencée aussi bien par le Jazz, le Rock, le blues que par la bossa nova, le courant House/Electro et bien sûr les musiques traditionnelles et actuelles du Viêtnam, la formation composée d’artistes vietnamiens et de français vivant là-bas, propose une fusion intéressante et peu explorée qui ne demande qu’à être entendue.
 
Rencontre au pays avec Christian Bouaziz, le guitariste du groupe.
Ville de Dalat 2013. (Photos Thierry Tombelle).
Ville de Dalat 2013. (Photos Thierry Tombelle).
Ville de Dalat 2013. (Photos Thierry Tombelle).

Ville de Dalat 2013. (Photos Thierry Tombelle).

Hue Festival 2014 avec la Cie Carabosse et Sébastien Laval.

Hue Festival 2014 avec la Cie Carabosse et Sébastien Laval.

Quels sont les « événements » importants de l’histoire du groupe ?

Viet Vo Da House (VVDH) est né en 2002, à Saigon/Hô-Chi-Minh City (HCMC), de la rencontre d’une guitare acoustique, d’un ordinateur et de samples de musiques du monde.

L’écoute du travail de Nguyên Lê sur l’album « Tales from Vietnam »  est certainement l’acte de naissance du projet.

2004 marque la première date charnière. Nous avions réalisé nos premières démos/tests chez un ami propriétaire d’un studio d’enregistrement et nous lui avions exprimé notre désir de créer/jouer une musique plus « vivante », plus acoustique. Il nous a présenté des instrumentistes « trad » de talent (Dan Bau/monocorde, Dan Tran/cithare à 16 cordes, flûte et chant) avec qui nous jouerons nos premiers concerts  à HCMC.
L’année qui suivra signera notre collaboration avec le producteur/arrangeur de House Music francais Catalan FC (aka Lionel Catalan), qui sera le Grand Manitou de la production de notre album « Ve Nha » (signé chez le label digital « Wild Palms Music », parti depuis sans laisser d’adresse …).
2006 verra notre première « grande » sortie avec notre participation au Festival de
Hué (grâce au producteur français Philippe Bouler, très actif au Vietnam). En 2008, nous avons été invités au Mela Festival d’Oslo (Norvège), suite à une rencontre virtuelle avec les producteurs du Festival sur le réseau Myspace !
Apres deux années (2011/2012) durant lesquelles je me suis consacré à des projets personnels (principalement avec la chanteuse Le Cat Trong Ly et ses deux musiciens Ngo Hong Quang et Minh Dan Moi, pour une série de concerts ici et en France), Viet Vo Da House est remonté sur scène en 2013 dans le cadre des événements de « l’Année de La France au Vietnam » (Hanoi/Dalat/HCMC), et en 2014 (Festival de Hue), avec quelques collaborations artistiques (Expo photos « 54 » de Sébastien Laval/Cie Carabosse…).
Et puis, nous avons aussi réalisé un single « Ru Em », une production plus épurée, plus empreinte d’espace que le premier disque. L’histoire se poursuit…

VietVoDaHouse avec Sebastien Laval and Cie Carabosse au Hue Festival 2014.

Les titres que j’ai pu entendre contiennent de nombreuses influences !
Oui, c’est vrai. Le Jazz en particulier est très présent dans nos chansons. Plus dans les arrangements que dans sa dimension « improvisation »…
Comment se réalise la création et l’orchestration des morceaux ?
Qu’il s’agisse d’œuvres populaires (« Chim da da » / « Em la hoa hong nho »  du compositeur Trinh Cong Son…) ou de titres originaux (« kakitikom » / « Hue Bop »…), la recette reste pratiquement toujours la même : une pincée de mélodie/arrangements-guitare/puis une pincée d’électro (beats/claviers..), et enfin les épices et couleurs des instruments traditionnels.
Le Viêtnam est composé de trois grandes régions. Comment gérer ces différences (vocales, instrumentales, parlées,…) dans votre musique ?
Ah, la réponse est simple et sans appel : c’est le Nord qui donne le La ! Lorsqu’une composition (comme « Ly Ngua O », chanson « folklorique » connue de tous les vietnamiens) connaît différentes versions régionales …celle que nous jouons est issue de son interprétation « nordique ».
D’autres  sont  très « marquées » régionalement. Comme « Ca dao em va toi » par exemple, originaire de la ville de Hue. Le public du « Festival de Hue » s’est d’ailleurs montré très réceptif et très enthousiaste sur notre lecture de cette chanson…celui de Hanoi manifestant lui une réaction plus « neutre ».
Nous restons, dans tous les cas attachés à un type d’interprétation, quelque soit la géographie des concerts.
Comment se passe la réalisation d’un CD au Viêtnam ?
Le pays (HCMCity/Hanoi surtout) offre toutes les conditions techniques nécessaires à l’enregistrement d’un album/CD (studio).
L’ingénierie/Son (enregistrement) reste cependant un point délicat à gérer. Et le Mastering devra plutôt se faire hors du Vietnam, pour des raisons de compétences techniques.
La distribution (physique et on-line) de la musique se passe de plus en plus comme en France...avec peut-être des problèmes de protection des droits d’auteurs plus complexes à gérer qu’en Europe.
Les artistes vietnamiens sont habitués aux sessions d’enregistrement en studio. Ils sont très réceptifs a notre approche de leur art et montre souvent une réelle ouverture d’esprit…les échanges peuvent être très riches.
Peux-tu nous parler de Viet Vo Da House sur scène ?
Les expériences/Live de VVDH sont plutôt éloignées des enregistrements studio…
Le son est plus « roots » peut-être. Une place plus grande est laissée à l’improvisation, aux « climats ».
Cela vient certainement du fait que le line-up change régulièrement…plus d’une vingtaine d’instrumentistes/chanteurs (français/vietnamiens) se sont jusqu'à aujourd’hui croisés au sein de la formation.
VVDH est en fait plus un « collectif » qu’un « groupe » au sens littéral du terme. Notre son évolue beaucoup en fonction des rencontres/des histoires.
Les concerts 2013 (jusqu'à 8 ou 9 personnes) ont été complétés par une formule/Duo (guitare et DJ/Electro), qui nous a ouvert un horizon plus « digital ».
 
Saigon (HCMC) 2013. Photo: Thierry Tombelle.

Saigon (HCMC) 2013. Photo: Thierry Tombelle.

Vous avez croisé le chemin de nombreux musiciens reconnus comme Nguyên Lê, Tran Quang Hai ou encore Ray Lema et d’autres ?
Nous avons eu le privilège de pouvoir inviter Tran Quang Hai à jouer avec nous lors de nos deux concerts norvégiens au Mela Festival d’Oslo (2008). Son extraordinaire maîtrise de la guimbarde et des cuillères a apporté une couleur et une dimension très particulière à notre musique/Live.
Avec Nguyen Lê, cela a eu lieu quelques années auparavant autour de l’organisation de sa venue/tournée (avec Huong Thanh) au Vietnam. C’est lors d’une soirée « off » dans un club saigonnais que nous avons eu l’énorme plaisir de jammer quelques unes de nos compos avec lui, Michel alibo et d’autres amis musiciens. Nguyen Lê nous a du reste donné l’aimable autorisation de le sampler sur l’un de nos morceaux : « Chim Da Da ».
La rencontre avec Ray Lema s’est faite à Saigon en 2012. Ce fut un moment très riche, avec un merveilleux artiste que j’avais eu l’occasion de voir en concert à plusieurs reprises en France. Suite à l’écoute de nos productions, est né le projet d’une collaboration artistique avec lui (« Station Saigon »), sur lequel nous travaillons a l’heure actuelle…
Quelle est la place des musiques traditionnelles actuellement au Viêtnam ?
Elles sont relativement bien «couvertes » par les Medias du pays (programmes TV, Festivals...) et de grands maîtres comme le Professeur Trần Văn Khê ou Nguyễn Vĩnh Bảo sont fêtés et reconnus…
Malheureusement, je pense qu’il va falloir encore attendre quelques années avant de voir un regain d’intérêt de la jeunesse (ou du moins d’une certaine catégorie d’entre elle) pour cet héritage qui n’attire pas vraiment le public… et les artistes de différents styles (un petit peu plus au Nord qu’au Sud cependant !).
Et les musiques actuelles (électro, rap, rock,…)
Ces différents styles sont ici aujourd’hui copiés sur ce que l’on appelle la « Japan & Korean Pop »…elle-même très influencée par la Pop/R&B américaine.
Il existe bien entendu des scènes Heavy Metal/Hard Core, Rock et Electro (de qualité/surtout au Nord avec des artistes comme Kim Ngoc Tran), mais celles-ci restent tout de même assez marginales.
La vraie révélation récente vient, selon  moi, de Danang (région centre). En la personne de la jeune  auteur/compositeur Le Cat Trong Ly, déjà citée et qui propose une musique folk très personnelle (et qui trouve en partie ses racines dans la culture traditionnelle). C’est une artiste qui rencontre un public de plus en plus large, et je trouve que c’est plutôt une bonne nouvelle !
A quand une tournée en France ?
Nous espérons en effet jouer en France bientôt !…nous tiendrons informés tous ceux qui suivent notre aventure via notre site internet : www.vietvodahouse.com
                                                  
                                Propos recueillis par Frantz-Minh Raimbourg
 
      (Version remaniée et remise à jour d’un premier entretien paru sur ethnotempos.org en 2010)

 

 

Discographie disponible sur le label One Drop à l’adresse suivante :
raylema.com/boutique/viet-vo-da-house/
Viet Vo Da House

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