Casuarina

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Pas loin d’un siècle après le premier enregistrement de samba (Pelo telephone, interprété par le chanteur Bahiano en 1917*), Casuarina est devenue la formation phare de la roda de samba, (musique carioca par excellence, à ne pas confondre avec la samba de roda venant de Bahia) et du renouveau de cette musique peu exposée pendant une vingtaine d’années.
 
Le formidable quintet brésilien que nous avions rencontré il y a quelques années, était en tournée en France en juillet dernier avec un passage remarqué à Paris au Studio de l’Ermitage. Trophée du  Meilleur groupe de Samba au Prix 2010 de la Musique Brésilienne à São Paulo, les joyeux compères ont fait paraître un quatrième album distribué uniquement au Brésil (Trilhos/Terra Firme. 2011).
On espère maintenant la sortie en France du nouveau CD/DVD (10 anos de Lapa).                                                                                                                                                                                                            
Pouvez-vous nous parler de la forme de samba que vous pratiquez ?
La samba existe sous différentes formes: la samba enredo des écoles de carnaval, la samba pagode ou encore la samba cançào qui a donné naissance à la bossa-nova…
La roda de samba que nous jouons existe depuis toujours et n’a jamais disparu. On l’entend peut-être à nouveau plus dans les médias. Il y a actuellement toute une génération d’artistes qui rejouent cette musique et nous en faisons partie.
Au départ, c’était des rencontres souvent informelles d’amis qui se réunissaient autour d’une table ronde. Le public s’installait auprès des musiciens/chanteurs et participait. Il y a eu bien sûr des évolutions suite à cela… Son histoire est liée depuis les années 1920 au quartier bohème de Lapa au centre de Rio de Janeiro. C’est là que nous habitons et nous avons passé pas mal de temps dans les bars à écouter des sambistes mais aussi d’autres styles comme le forro.
Comment a débuté l’histoire de Casuarina ?
Nous étions tous déjà musiciens professionnels et nous avons plus ou moins baigné dans un milieu où on écoutait beaucoup de musique populaire brésilienne ou d’ailleurs et même du rock.
L’histoire du groupe a débuté au milieu des années 1990. Nous avons joué quelques sambas ensemble à la fête de fin d’année d’une université et nous ne nous sommes plus quittés depuis (rires).
La formation a évolué depuis les débuts ?
La samba est une musique très spontanée et les musiciens qui la pratiquent aiment improviser au fil des rencontres. Nous sommes une exception à la règle puisque nous avons toujours eu le projet d’interpréter cette musique.
Depuis les débuts, le rôle de chacun est bien défini et cela n’a pas changé. Certains jouent des cordes (Daniel Montes, Joào Fernando, Rafael Freire respectivement à la guitare 7 cordes, au bandolim et au cavaquinho), d’autres des percussions (Gabriel Azevedo et Joào Cavalcati) et nous sommes trois à chanter.
L’évolution de notre musique se situe par exemple au niveau de l’harmonisation des voix.
Il s’est passé quelques années entre votre rencontre et la réalisation de votre premier album (Titre éponyme) ?
Il n’est pas facile d’être musicien au Brésil. Cette première galette est parue quatre ans après nos débuts. Même après cela, nous doutions encore du fait de pouvoir vivre de notre musique.
C'est vraiment un reflet de notre vie de l’époque. Nous jouions chaque semaine dans différents lieux de Lapa et c'est un CD de reprises, aussi bien des grands classiques que de petits bijoux méconnus. Nous avons eu d’abord envie de rendre hommage à tous ceux qui avaient inspiré cette musique.
Il y a eu ensuite le deuxième opus (Certidào) avec cette fois des compositions originales ?
Au moment de la sortie du premier, nous avions déjà écrit quelques titres mais nous ne sentions pas prêts pour les faire paraître.Nous sommes tous blancs, issus des classes moyennes et il est essentiel de respecter les anciens sambistes et leur musique qui ne venaient pas forcément du même milieu que nous.
C’est le chanteur/compositeur Wilson Moreira qui nous a fait confiance et qui nous a décidés à enregistrer nos propres morceaux !
Casuarina au New Morning (Paris). Mai 2010. Photo: Frantz-Minh Raimbourg.

Casuarina au New Morning (Paris). Mai 2010. Photo: Frantz-Minh Raimbourg.

Votre album en public (MTV Apresenta : Casuarina) a été enregistré dans une salle que vous connaissez bien ?
Nous avons joué trois ans à la « Fundiçao Progresso » de Rio. Le projet était d’inviter des sambistes historiques comme Wilson Moreira (que nous avons déjà cité) et Roberto Silva mais aussi des artistes dont la carrière n’est pas forcément liée à ce style musical. C’était une façon de réunir plusieurs générations de musiciens et de provoquer un mélange que l’on estime réussi…
Tous les morceaux que nous avons enregistrés ou que nous jouons sur scène sont des sambas. En revanche, ceux qui les ont composés ne sont pas forcément issus de cette scène.
Nous pensons que nous continuerons de faire toujours référence à cette forme de musique, même si on peut imaginer apporter des éléments d’autres formes musicales.
                                              
                                   Propos recueillis par Frantz-Minh Raimbourg
 
 (*NDLR : On peut entendre ce titre historique sur l’excellente  compilation «Samba, Batuque, partido Alto, Samba-cançào 1917-1947 ». Frémeaux et Associés)
 
(Version remaniée et remise à jour d’un entretien paru dans la revue TRAD Magazine à l’automne  2010)

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