Maya Kamaty.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Entretien avec la chanteuse réunionnaise à l’occasion de la parution de son premier album.
Quel a été votre parcours musical ?                                                                                    Comme tout le monde, j’ai été nourrie de ce que m’a transmis mon entourage. Ma mère Anny Grondin est conteuse, mon père est le chanteur Gilbert Pounia (du groupe de musique Ziskakan*). Quand j’étais petite, nous habitions un appartement à Saint-Denis, la « capitale » de l’île. Il y avait beaucoup de monde qui passait : des artistes, des écrivains, des poètes... Ils venaient manger, boire un verre, discuter, faire de la musique…ça parlait créole et il y avait de l’ambiance !
Plus tard, mes parents sont partis vivre à La Plaine-des-Palmistes dans le centre-est. Le week-end j’allais les voir et la semaine je restais chez mes grands-parents pour continuer ma scolarité. Pendant cette période, j’ai fait trois ans d’alto, de piano et de chorale au conservatoire. Le cadre étant un peu rigide pour moi, j’ai arrêté quand je suis rentrée au collège.
J’ai ensuite rejoint ma famille dans leur village et j’ai vite retrouvé la même atmosphère que j’avais connue plus jeune. Avec Ziskakan, je montais sur scène en tant que choriste, je participais aux chœurs sur les disques. Dans le même temps, je commençais à pratiquer la guitare, à écrire des chansons en français et en anglais et j’avais un premier groupe baptisé Coyote and Co
A l’adolescence, j’ai eu besoin de mettre tout ça de côté pendant un moment…
En 2006, je suis partie à Montpellier pour des études de médiation culturelle et communication. L’éloignement et ma rencontre avec Carlo de Sacco et Grèn Sémé m’ont fait comprendre l’importance de la culture de mon pays. A partir de là, il y a eu l’envie d’un retour aux sources. J’ai intégré cette formation, nous avons participé à de nombreuses premières parties et nous nous sommes produits en 2008 au festival Sakifo à La Réunion.
Au Fil des Voix. Alhambra. Paris. Janvier 2015. (Photo: Frantz-minh Raimbourg)

Au Fil des Voix. Alhambra. Paris. Janvier 2015. (Photo: Frantz-minh Raimbourg)

Quels souvenirs gardez-vous d’Alain Peters, de Ziskakan et de tous ces artistes qui ont apporté une reconnaissance internationale à la musique réunionnaise ?
L’œuvre d’Alain Peters (que j’appelais « Tonton Alain » quand il venait à la maison) est pour moi intemporelle. On considère maintenant que c’est un génie en avance sur son temps alors qu’il est mort alcoolique, plutôt seul et que beaucoup de jeunes de l’île ne le connaissent pas.
Je ne peux pas oublier non plus Ti Fock, Daniel Waro qui n’ont jamais cessé de se renouveler. Quand à Ziskakan (qui vient de fêter ses 35 ans de carrière), ce fut à un moment plus qu’une association mais un vrai mouvement qui avait monté un groupe d’études et de recherches créoles (GREC), une radio associative (Radio Ziskakan) et une maison d’édition de livres (magazine Sobat-Koz).
Tous ces artistes ont été les acteurs d’un foisonnement culturel immense. Aujourd’hui, en partie grâce à eux, on connaît Granmoun Lélé, Baster et beaucoup d’autres, le séga est toujours bien présent et le maloya qui a longtemps été interdit (officieusement jusqu’en 1981) est depuis octobre 2009 classé au Patrimoine immatériel de l'humanité de l'UNESCO.
Au Fil des Voix. Alhambra. Paris. Janvier 2015. (Photo: Frantz-minh Raimbourg.)

Au Fil des Voix. Alhambra. Paris. Janvier 2015. (Photo: Frantz-minh Raimbourg.)

Après vos études, vous êtes retournée vous installer à La Réunion ?
Oui, j’ai fait de la production, de la communication tout en continuant à écrire et faire de la scène. Le premier concert avec mon groupe a eu lieu en 2009,mais tout a vraiment commencé avec notre passage au Sakifo en 2012.
L’année suivante, j’ai eu l’honneur d’être la première femme lauréate des Prix Alain Peters et des Musiques de l’Océan Indien.
Parlez-nous de votre premier album ?
Il résume d’une certaine façon mon parcours. Je l’ai nommé Santié Papang, en souvenir de la rue où j'ai habité pendant trois ans à la Réunion.
Je voulais prendre le temps de le réaliser comme je voulais. Les titres étaient là, je les jouais déjà depuis plusieurs années. Les compositions et les arrangements ont été réalisés avec les musiciens. Je chante en français (il y a deux titres écrits par le poète mauricien et ami Michel Ducasse.) et en créole qui est une langue imagée, très rythmique.
Entre imaginaire et réflexion, je suis inspirée par ce que je vis au quotidien, par la famille, mes souvenirs. J’y mets également ma sensibilité de femme par rapport à des sujets qui me touchent comme la solidarité ou l’injustice.
Comment nommeriez-vous votre musique ?
C’est en partie du maloya électro-acoustique ! Sur scène, je joue des instruments traditionnels comme le kayamb et le rouler, C’est pour moi important de faire (re)découvrir cet univers issu du chant des anciens esclaves travaillant sur les plantations de canne.
Il y a forcément l’influence de tous ceux que j’ai eu la chance de côtoyer…mais aussi de toutes les musiques que j’aime, comme le blues, Billie Holiday, Susheela Raman, Ibrahim Maalouf, la chanteuse Camille ou Oxmo Puccino.
 
                                           Propos recueillis par Frantz-Minh Raimbourg
 
*Créé en 1979 sous la forme d’une association culturelle, Ziskakan était au départ à la fois un groupe artistique (spectacles de théâtre, de poésie, de musique et de danse) et un laboratoire d’études pour la langue créole ayant pour but la valorisation et la propagation de la culture réunionnaise.
Maya Kamaty.
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