Têtes de Chien.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Photo: G. Sabouraud.

Photo: G. Sabouraud.

Se replonger dans la mémoire des racines régionales pour réinventer un folklore empreint de tradition et de modernité, voilà la quête de ce quintet vocal parisien pas comme les autres.

 
L’aventure du groupe démarre il y a un peu plus de 8 ans à l’occasion du spectacle Dédale, le Cirque des origines, présenté sous le grand chapiteau de l’Académie Fratellini à la Plaine Saint-Denis. Venus de la chanson française, du théâtre, de l’opéra ou de la musique médiévale, les cinq hommes réunis pour l’occasion interprètent ensemble des polyphonies albanaises. Dans le même temps, Justin Bonnet, un des deux barytons de la formation transmet sa passion pour les chants des régions de France et l’idée de fonder un groupe se réalise rapidement.
S’ils se définissent comme « parisiens d’adoption », le lien avec la tradition chantée de leur région d’origine est pour chacun très différent: Pour le ténor Didier Verdeille : Mon attention pour ces musiques s’est faite à l’écoute des chants catalans interprétés et enregistrés par la grande soprano Victoria de Los Angeles. En ce qui concerne Henri Costa (basse), Grégory Veux (baryton) et Philippe Bellet (ténor), l’intérêt s’est fait plus tardivement, au gré des rencontres, même si pour chacun les souvenirs de mélodies ancestrales entendues en Corse ou en Provence pendant les fêtes de villages ou les réunions familiales restent très présents.                           
Pour Justin Bonnet, les choses sont un peu différentes : Mon grand-père auvergnat était souvent invité comme chanteur dans les banquets. Son répertoire était composé de chansons en français et parfois en occitan. Par pudeur sans doute, il ne m’a jamais transmis ses connaissances. Plus tard, j’ai eu envie de retrouver ce patrimoine. Après mes études, j’ai étudié de près les enregistrements de collectage et les recueils imprimés, puis j’ai créé un ensemble vocal (La Note Jaune) consacré exclusivement à ces musiques. Chanter cet héritage à plusieurs voix, pour les membres de la formation, c'est déjà s’éloigner délibérément de la pratique ancestrale. La base se fait à partir de la monodie et de la simple note du bourdon: A partir de là, nous avons une manière de créer et chanter ensemble explique Justin. Commence alors le travail sur la ligne mélodique par l’improvisation, un peu dans l’héritage de ce que faisait un groupe comme Mélusine. L’acte d’écriture d’arrangement intervient le plus tard possible. Ensuite, « tous les coups sont permis » tant qu’ils sont au service du sens du texte.         
Ballades, chants de labour, à danser ou à prier, berceuses...le choix est multiple. Deux conditions cependant : la qualité littéraire et une thématique à chaque fois bien définie oscillant entre légèreté et une certaine gravité. Soit un condensé des sentiments humains et un dialogue intime avec la vie quotidienne des hommes du passé pour tenter d’éclairer le présent.
Photo: P. Gentilhomme.

Photo: P. Gentilhomme.

Les titres enregistrés dans le premier disque Portraits d’Hommes proviennent de différentes régions de France. Ils sont issus des collectages d’Achille Millien (La Mal Mariée), des recueils de Joseph Canteloube (Le Galant indiscret, Cette nuit j’ai fait un rêve,…) ou des Editions AMTA (Christine de Nantes, par Marie-Lucienne Gouttegatas sur la K7 Olliergues).                                
Les cinq compères portent une attention particulière à la qualité du chant, aux harmonies, aux polyphonies. Ils attachent aussi la plus grande importance à leur travail scénique : Bien entendu, par sa nature même, notre répertoire n’est pas originellement dédié au concert. Mais nos expériences théâtrales passées nous ont appris que notre travail a un sens s’il est non seulement écouté mais aussi vu et transmis par l’énergie des corps en mouvement.
Photo: G. Sabouraud.

Photo: G. Sabouraud.

Le deuxième spectacle, plus joyeux que le précédent révèle des influences vocales venues d’ailleurs : hoquets pygmées, rhythm and blues, musique indienne,…
Cette "Grande Ville » est une manière de questionner notre rapport à Paris. Les chansons traditionnelles, interprétées toutes en français ont ici en commun de parler de déracinement. Elles évoquent la capitale sans jamais (ou si peu) donner de description. C’est un lieu rêvé, fantasmé, où on peut s’inventer des histoires…
"La Marelle". Eglise Sainte Hippolyte. Paris 13ème. 27 avril 2015. Photos: Patrice Dalmagne.
"La Marelle". Eglise Sainte Hippolyte. Paris 13ème. 27 avril 2015. Photos: Patrice Dalmagne.

"La Marelle". Eglise Sainte Hippolyte. Paris 13ème. 27 avril 2015. Photos: Patrice Dalmagne.

La toute dernière création La Marelle est né de la rencontre avec « La Cité de la Voix », lieu de formation et de création accroché à la célèbre basilique de Vézelay. Après avoir créé autour de notre part d’humanité et des racines, nous avions envie de nous repositionner en tant que chanteurs et d’être présent dans des lieux, comme les églises, les temples où l’acoustique est fondamentale poursuit le leader du groupe. Les voix sont ici plus importantes que les personnages. Les arrangements ont été travaillés avec la compositrice Caroline Marçot d’après des mélodies traditionnelles et la mise en espace est d’Annabelle Stefani.                                 
Ces chants populaires du légendaire chrétien ont un grand intérêt mélodique et littéraire, beaucoup d’humour et une vitalité surprenante. Ils viennent de Savoie, du Nivernais, de Bretagne, du Limousin ou d’Auvergne. Ce sont des histoires où le rapport à Dieu était prétexte à imaginer dans l’intimité des foyers ou lors des fêtes. C’est un répertoire peu connu, mal compris à une certaine époque. Le titre du spectacle évoque le dessin à même le sol rempli de mystères, le jeu des enfants où la terre et le ciel se côtoient... C’est un voyage multiple qui se dessine autour d’axes poétiques comme le mouvement, sorte de « road-movie » mystique qui provoque le miracle, la rencontre avec Dieu et ses représentants. Enfin, on y retrouve l’opposition bien connue entre le sommeil-mort et le réveil-résurrection.
 
Décidément, les Têtes de Chien chantent tels « qu’ils sont », avec sincérité et talent et il serait vraiment dommage de ne pas les écouter.
                                                          
                                          Propos recueillis par Frantz-Minh Raimbourg.
                 Version actualisée d'un article paru dans la revue Trad Mag de mars/avril 2014.
Têtes de Chien.

Publié dans Chanson Trad

Commenter cet article