Noëmi Waysfeld.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Copyright : Isabelle Rozenbaum.

Copyright : Isabelle Rozenbaum.

La jeune chanteuse française (et son trio Blik) revient et nous emmène cette fois vers Lisbonne et la mélancolie légendaire du fado réinventée en yiddish.
Entretien avec une passeuse d’émotions.
 
Racontez-nous votre parcours musical ?
Je suis parisienne née d’une famille juive russe, balte et polonaise.
A la maison, on écoutait aussi bien du classique que du jazz ou des chants venus de notre héritage. A l’âge de trois ans, j’ai été initiée au chant et à la musique par ma sœur aînée Chloé, chanteuse lyrique soprano.
Il y a eu le violoncelle pendant 8 ans puis très rapidement le théâtre. J’ai suivi l’enseignement de Maria Laborit avant de poursuivre au Cours Florent, puis l’Ecole Blanche Salant et le Cours Simon… tout en poursuivant en parallèle l’étude du russe (depuis le lycée) et le yiddish (à la fac). En tant que comédienne, je me suis produite dans différents spectacles puis au cours d’un stage de musique, j’ai fait la connaissance du contrebassiste Antoine Rozenbaum avec qui j’ai formé en 2008 l’ensemble Noëmi Waysfeld & Blik. Les deux autres membres sont l’accordéoniste Thierry Bretonnet et le guitariste/oudiste Florent Labodinière.
« Blik »signifie « Le regard ». Pour moi, un regard droit, qui regarde le monde est quelque chose de très important. Pendant les concerts, on s’observe beaucoup… !
Noëmi Waysfeld.
Kalyma, votre premier album (2012) est consacré en partie aux chants du goulag sibérien collectés par Dina Vierny dans les années 70 ?
Oui. Cela peut paraître étonnant qu’une jeune chanteuse choisisse ce répertoire pour une première œuvre, mais le vinyle de celle qui fut la muse et le modèle de nombreux artistes, notamment Maillol, a bercé mon enfance. Elle avait recueilli ces chants clandestins à Moscou. Quand elle les a enregistrées, elle était accompagnée d'une seule guitare, parfois d'une contrebasse mais l’ensemble restait très sobre.
J’ai choisi huit titres sur les treize que contenait la galette et nous avons complété par des chants venus des shtetls (villages juifs). On a beaucoup travaillé sur les arrangements. Ces chansons parlent de rédemption, de vies gâchées, elles sont pourtant emplies d'espoir et d'humour.
Le clarinettiste David Krakauer et la violoncelliste française Sonia Wieder-Atherton se sont joints à nous sur deux morceaux.
Parlez-nous d’Alfama ! Pourquoi chanter du fado en yiddish ?
Cette musique résonne en moi depuis longtemps. Amalia Rodriguez est une sorte d’icône. Et j’aime beaucoup d’autres chanteuses comme Mariza et Cristina Branco.
L’idée est venue six mois avant la parution de Kalyma… Je m’en souviens encore parfaitement, j’étais dans le métro, je suis rentrée à la maison et me suis dit, c’est ça que je veux faire !
Le yiddish est une langue européenne qui a voyagé et côtoyé d’autres expressions par la force des choses. Il existe donc des passerelles entre ces deux mondes…on retrouve une ferveur propre aux chansons populaires. Par ailleurs, les mélodies et les thèmes sont ici très proches, que ce soit l’amour, la jalousie, la nostalgie, le chagrin, l’exil…
Mais c’est bien plus qu’un hommage à Amalia et au compositeur/éditeur Alain Oulman (à qui nous avons emprunté deux morceaux), on a transposé à notre façon, c’est un voyage…
Et là encore nous avons quelques invités comme Sarah Nemtanu (Violon), David Enhco (Trompette) et Guillaume de Chassy au Piano.
Vos albums sont accompagnés chaque fois d’un livret important avec des photos et les textes traduits en plusieurs langues ?
C’est pour moi fondamental ! J’aime l’idée que nos productions soient plus qu’un simple objet de consommation… Quand j’étais enfant avec ma sœur, on prenait le temps de s’asseoir, d’écouter un opéra tout en lisant le livret. Les chants venus de Sibérie, d’Europe du Sud ou d’ailleurs et leurs interprètes méritent qu’on parle d’eux d’une façon sérieuse, ludique et approfondie.
Photo: Cédric Gaury.

Photo: Cédric Gaury.

Et la scène ?
Comme je le disais déjà, nous sommes vraiment très attentifs à ce qui se passe entre les uns aux autres.
Dans le nouveau spectacle, il y a de l’humour, plusieurs moments instrumentaux aussi.
En ce qui me concerne, j’aime m’adresser au public. C’est certainement mon rapport au théâtre mais je considère que les mots doivent être bien mis en valeur.
                                                 
                                                Propos recueillis par Frantz-Minh Raimbourg
Copyright : Isabelle Rozenbaum.

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