David Sire.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Photo: Aymeric Warmé-Janville.

Photo: Aymeric Warmé-Janville.

David Sire sort son huitième album. Nous avions déjà rencontré ce troubadour moderne il y a une dizaine d’année à l’époque de Drôle de Sire, quintet chaleureux à l’univers singulier qui a enregistré deux disques et arpenté les scènes de France entre 1997 et 2006.
Que s’est-il passé après la sortie du deuxième CD du groupe ?
Quand on a commencé à travailler sur un nouveau répertoire, chaque membre avait son idée sur ce qui faisait notre succès. Drôle de Sire marchait bien, il y avait une grande humanité entre nous… Et pourtant, un jour je me suis retrouvé bloqué et je n’ai pas su faire autrement que d’interrompre ce que j’avais moi-même initié huit ans auparavant. Je me suis donc retrouvé tout seul, avec ma guitare et quelques chansons…
J’étais à deux doigts d’arrêter. Puis un jour, j’ai retravaillé sur un nouveau spectacle, j’ai monté une tournée de mes propres mains sans intermédiaire. Je me suis rendu compte alors qu’il y avait en France un grand nombre de gens dans des associations culturelles, des petits lieux, prêts à s’investir dans des propositions artistiques. Deux années de suite, j’ai traversé la France du Nord au Sud puis de l’Est à Ouest. Sept semaines d’itinérance et 2500 kilomètres avec un vélo et une carriole. Ce fut d’abord Paris-Sète au printemps 2008, puis Strasbourg-Ouessant en 2009. Au total, une cinquantaine de concerts, 20 ou 300 spectateurs dans une grange, une place, une église, un musée, une librairie, une crêperie, un festival ou un foyer rural… Un vrai théâtre de tréteau ! J’ai découvert que j’étais capable de tenir seul en scène, de m’épanouir comme interprète.
C'était un vrai choix artistique ? 
Oui. Et aussi une façon d’être au monde : parler plutôt que se faire entendre, être disponible à l’autre dans la rencontre, le mouvement, l’invention… J’aime d’ailleurs beaucoup cette phrase d’un de mes anciens profs de philo : « Plus on est discret, plus on laisse de la place aux autres pour qu’ils apparaissent. ».
Mon premier album solo en 2009 (Bidule et l’horizon réalisé par David Lewis avec de nombreux invités) était emprunt de ces expériences.
Dans le même temps, il y a eu une commande de Milan Jeunesse pour réaliser un livre-disque autour de la famille (C’est de Famille !), illustré par Magali Le Huche et plutôt destiné (mais pas seulement) aux enfants. Cette expérience m’a été formatrice : auprès du jeune public, il y a la nécessité d’être très clair sur ces intentions, on doit aller à l’essentiel, autant sur scène qu’au niveau de l’écriture !
Toujours en direction de l’enfance (et réalisé avec mon fidèle complice Zinzin Popov/Pierre Caillot), il y a eu le CD (et spectacle) Niet Popov (2013) et le ciné-concert autour de la célèbre série d'animation Filopat et patafil du réalisateur allemand Gunter Rätz.
"Niet Popov". Avec Pierre Caillot. Mars 2015. Le Mée/Seine dans le cadre du Festival Tintinnabule. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

"Niet Popov". Avec Pierre Caillot. Mars 2015. Le Mée/Seine dans le cadre du Festival Tintinnabule. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Il y a eu cinq années entre vos deux opus « adulte » solo ?
Pencher (2014) a été réalisé et arrangé par l’accordéoniste de jazz Vincent Peirani.
Comment sont nés les « Cercles Bidule » et qu’est-ce-que la « Bidulosophie » ?
Au départ, Bidule est une chanson pour voix et pompe à vélo écrite avant mon premier périple à bicyclette en direction de Sète.
En 2011, j’ai eu le bonheur de rencontrer madame Sarah Cherfaoui, chargée de dispositifs culturels à Clermont-de-l'Oise. Elle m’a proposé de m’associer avec le territoire de communes le temps d’une saison. En dehors de mes spectacles, nous avons imaginé un « cercle » d’une douzaine de personnes où chacun ne serait pas seulement spectateur mais aussi acteur en partageant un objet, un souvenir, quelque chose à laquelle il tient et qu’il a envie de faire découvrir à l’auditoire, une façon ainsi de parler de soi quand la vie « pique »…
Aujourd’hui encore, je poursuis ce travail de collectage et d’écriture dans différents lieux, que ce soit une maison de retraite, un lycée professionnel un hôpital ou une prison. Il y a parfois des trésors de vie qui sortent de ces moments précieux.
Bidulosophie est devenu un concert qui partage chansons, poèmes, percussions corporelles et danse et plusieurs titres du dernier disque sont liées par ces rencontres d’une rare intensité (Trésors, Le Petit cabas, Feux, ça me gonfle,…).
Illustration: Edmond Baudoin.

Illustration: Edmond Baudoin.

Justement, parlons de Je est un nous !

Je voulais un disque très sobre avec juste deux guitares et une voix (et les percussions de Fred Soul sur Rugir). J’ai appelé Fréderic Bouchain avec qui j’avais collaboré à l’époque de Drôle de Sire afin de lui proposer de travailler ensemble sur ce nouveau projet. On a fait le choix d’enregistrer en direct, comme « au coin du feu ».

En dehors des chansons issues plus ou moins directement des « Cercles de paroles », il y en a quelques autres (Pousser, Devenir) qui m’ont été inspirés par le travail que je mène depuis quelques années avec le groupe de chercheurs/performeurs Le Corps collectif.

Quand à la chanson-titre, elle propose une autre façon d’être au monde, sans tricherie, une forme de nudité symbolique et sans doute à contre-courant. C’est un album « vivant », façonné par mes rencontres avec des hommes et des femmes et qui veut exprimer l’urgence du partage et de la présence.

                                           Propos recueillis par Frantz-Minh Raimbourg

Publié dans Chanson Francophone

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