Denez Prigent.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Photo: Pierre Terrasson.

Photo: Pierre Terrasson.

Entretien avec le chanteur breton à l’occasion de la sortie de  An Enchanting garden -Ul Liorzh vurzhudus.
Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour enregistrer ce nouvel opus entièrement acoustique ?
J'ai été pris durant onze années dans un flot d'inspiration continuel. Je composais pour ainsi dire tous les jours et parfois même la nuit. J'ai craint alors que l'enregistrement d'un disque qui nécessite un investissement total, ne vienne interrompre cet élan dans lequel je me trouvais.
J'ai cependant donné quelques concerts qui m'ont permis d'affiner les morceaux qui figurent sur cet album. En effet, contrairement aux précédents, ils n'ont pas été élaborés en studio mais en répétition longtemps auparavant, c'est ce qui en fait toute l'originalité.
Comment écrivez-vous ?
Textes et musiques sont réalisés séparément. En fait, j'ai tout un répertoire d'une centaine de chants d'un côté et un nombre plus ou moins équivalent de mélodies d'un autre. Quand je choisis de créer une composition pour la jouer sur scène ou l'enregistrer en studio, ce sont d'abord les paroles. J’'essaie ensuite de trouver la musique qui correspond le mieux, que ce soit par l'émotion lorsqu’il s'agit d'une histoire dramatique ou l'énergie si c’est plus festif et rythmé. Cela fonctionne généralement assez facilement, c'est d’ailleurs parfois surprenant…
Quels sont les thèmes de ce « Jardin enchanté » ?
Les sujets abordés sont très variés. Ils peuvent être burlesques (Le Naufrage de Noël), teintés d'humour noir (Les Trois amoureux), satiriques (Les Mauvaises langues), ou dramatiques comme dans Gwechall gozh qui raconte l’histoire d’une femme qui a eu sept amoureux, tous morts après l'avoir connue et qui est accusée de sorcellerie et condamnée au bûcher alors que ce n'était qu'un pur hasard !
Photo: Pierre Terrasson.

Photo: Pierre Terrasson.

Vous avez composé presque toutes les musiques ? Les divers styles de chants traditionnels vous inspirent toujours autant ?
Oui, je suis très imprégné par ces formes spécifiques à la Bretagne comme la Gwerz avec son côté arythmique et ses quarts de ton ou le Kan ha Diskan avec sa technique de tuilages et celle (très complexe) des Dribils, uniques au monde. Ils offrent un nombre infini de possibilités quand au traitement que l'on peut en faire et il s'agit d'une source intarissable.
Sur ce disque, j'ai essayé cependant de m'en éloigner en composant une valse (Eostig Kerchagrin) et une chanson mesurée avec couplets et refrains (An old story et Gwechall gozh dans sa version bretonne). Mais leurs contenus restent proches de l'univers de la Gwerz. Il y a également une improvisation (Before dawn) voix sans paroles et hang (instrument de musique acoustique de la famille des idiophones inventé par Felix Rohner et Sabina Schärer) qui n'était pas prévue au départ et que j'ai fait figurer en fin d'album.
Et les arrangements ? Comment s’est réalisée cette « mosaïque » où les thèmes celtiques se mélangent à ceux venus d’autres parties de l’Europe ?
Les arrangements sont collectifs. J'apporte mes compositions (paroles et musique) puis nous tissons ensemble un vêtement autour. De nouvelles idées arrivent ensuite lorsque nous les jouons sur scène.
J'ai choisi de travailler avec des musiciens acoustiques d'univers musicaux très variés. Certains viennent du jazz et du classique, d’autres de la pop, de la musique écossaise ou du monde du Fest-Noz. Tous ont l'esprit ouvert avec cette même volonté qu'est la mienne, de trouver des chemins et des couleurs encore inexplorés, tout en gardant le chant qui est l'axe de ma musique comme source et comme repère et sans jamais dénaturer l'émotion et l'énergie naturelle qu'il véhicule.
Festival Eurofonik. Nantes. Avril 2012. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Festival Eurofonik. Nantes. Avril 2012. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Le disque est sorti chez Coop Breizh. Quel est votre regard sur les nouvelles habitudes d’ « écoutes musicales » ?
Je pense que la dématérialisation pose un grave problème. Les gens écoutent de la musique de plus en plus sur des ordinateurs ayant de minuscules enceintes et qui plus est, dans des formats MP3 ultra compressés, le tout entre trois SMS et deux coups de téléphone ! 
Le piratage est un très gros problème également car les plus atteints sont les artistes les moins renommés, ceux qui veulent innover ou ceux qui débutent une carrière. J’ai parfois l'impression de percevoir un peu partout la même chose, une sorte de « bouillie sonore réchauffée", plus à entendre qu'à écouter et qui ne prend absolument aucun risque.
Je crains aussi que cela n'aille pas en s'améliorant. Face à ce phénomène, nos gouvernants continuent de laisser faire pour ne pas déplaire aux jeunes (ceux qui s'adonnent le plus au piratage et très souvent sans avoir conscience du mal que cela peut engendrer), au lieu de mettre en place, dans les écoles par exemple, tout un programme de sensibilisation pour le respect des droits d'auteurs et des interprètes…
                                                Propos recueillis par Frantz-Minh Raimbourg
Photo: Pierre Terrasson.

Photo: Pierre Terrasson.

Publié dans Folk

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