Musiques Métisses d'Angoulême. 22 au 24 mai 2015.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

En mai dernier, Musiques Métisses soufflait ses 40 bougies.
Cette cuvée réussie réunissait quelques grands anciens (Boubacar Traoré, Les Ambassadeurs reformés récemment autour de Salif Keita, Amadou Bagayoko et Cheick tidiane Seck) et la génération actuelle (Ester Rada, Moh ! Kouyate ou Seydou Boro entre autres).
Cette édition à la saveur particulière était la dernière pour son fondateur Christian Mousset. A 70 ans passés, le chef d’orchestre de ce rendez-vous pionnier laisse la place à Patrick Duval directeur artistique du Rocher Palmer à Cenon près de Bordeaux.
Le dernier soir, Danyel Waro, en concert dans la région est venu rendre un hommage surprise à Christian Mousset sur la grande scène en chantant Batarsité, l’hymne créole de tous les métissages.
Christian Mousset et Daniel Waro. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Christian Mousset et Daniel Waro. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

ENTRETIEN AVEC CHRISTIAN MOUSSET.
Comment l’aventure a commencé ?
La première, c’était en 1976 et cela s’appelait Jazz en France.
J’étais disquaire à Angoulême. Avec un groupe d’amis passionnés, je voulais organiser un festival axé sur le jazz, les musiques improvisées françaises et européennes (avec des artistes passés depuis dans l’histoire comme Michel Portal, Didier Lockwood, Eddy Louiss, Henri Texier, entre autres…), mais aussi sud africaines puisque on a fait venir Chris McGregor et son Brotherhood of Breath.
Dès la deuxième année, la manifestation s’est ouverte au blues, à des musiques plus populaires qui émergaient en Afrique, aux Caraïbes, dans l’Océan indien. Il y a eu Doudou N'Diaye Rose, Ray Lema, les Touré Kunda, puis Bonga, Francis Bebey, Pierre Akendegue... Je me rappelle aussi d’une édition consacrée aux Antilles françaises avec Malavoi, Fal Frett, Eugène Mona... et présidée par le poète Aimé Césaire qui est venu à Angoulême.
Quand as-tu commencé à faire de la production ?
Dès le début des années 1980, je suis allé écouter des musiciens à Bamako, Conakry, Dakar, Ségou ou Abidjan. Mon idée était de leur donner la possibilité de se faire connaître en dehors de leurs frontières. J’ai pu monter des projets avec les instituts culturels français de là-bas qui fonctionnaient alors plutôt bien et faire venir des orchestres des indépendances encore en exercice comme Les Amazones de Guinée, Bembeya Jazz, le Super Rail Band, le Super Biton de Ségou, l’Orchestra Baobab et beaucoup d’autres…
A l’époque, il n’y avait pas vraiment d’événements consacrés aux cultures africaines. On les retrouvait plutôt dans les ghettos communautaires. Nous avons été le premier festival de « jazz » subventionné par l’état (Grâce en particulier à Jack Lang et à Maurice Fleuret, alors Directeur de la Musique et de la Danse au Ministère de la Culture) à programmer ces musiques (avec Africa Fête à Paris et Mamadou Konté). La ville d’Angoulême et la région nous ont aussi accordés des aides.
Puisqu’il n’était pas question de faire venir des groupes ou solistes pour une seule prestation, l’idée est venue de les produire avec toujours l’idée : comment faire découvrir ces artistes à un public le plus large possible ? En 1992, j’ai créé la collection Indigo avec Michel Orier (Label Bleu) consacrée au Continent africain puis le label et les éditions Marabi qui poursuivaient les mêmes objectifs. Avec Corinne Serres, il y a eu l'agence Mad Minute Music à Paris qui a produit des concerts en Europe.
Au fil des années, la programmation s’est ouverte à d’autres pays et régions (Maghreb, Afrique australe, Balkans) et en 1987, nous sommes devenus Jazz et Musiques Métisses, puis Musiques Métisses tout court en 1989.
Orange Blossom (Photo: Frantz-Minh Raimbourg).

Orange Blossom (Photo: Frantz-Minh Raimbourg).

Seydou Boro (Photo: Frantz-Minh Raimbourg).

Seydou Boro (Photo: Frantz-Minh Raimbourg).

Moh! Kouyate (Photo: Frantz-Minh Raimbourg).

Moh! Kouyate (Photo: Frantz-Minh Raimbourg).

Akalé Wubé (Photo: Frantz-Minh Raimbourg).

Akalé Wubé (Photo: Frantz-Minh Raimbourg).

Comment étaient perçues ces musiques à l’époque ?
A de rares exceptions près, il y avait une méconnaissance totale, elles n’étaient pas prises au sérieux ni par le public, ni par les médias. Côté artistes, on s’en moquait souvent tout en s’en inspirant…Il a fallu des années pour qu’on s’aperçoive de toutes leurs richesses. L’Afrique est un continent musical dans lequel il y a une incroyable diversité artistique.
Musiques Métisses a toujours fait un travail important d’action culturelle (musique, arts plastiques, photographie,…) auprès d’un public de quartier ?
Oui. Le festival est immergé dans la population. Au début, l’ouverture et le final avaient même lieu pratiquement en bas des immeubles ! Tout un travail de proximité est fait depuis longtemps dans les communes, les collèges ou les lycées…
Quand au Village qui se trouve en amont de la grande scène, il est libre d’accès. ! On y trouve la scène musicale le Mandingue, Littératures Métisses qui rassemble des écrivains issus des quatre coins du monde, un espace Jeunesse, un chapiteau… C’est une vraie fête populaire !
Boubacar Traoré (Photo: Frantz-Minh Raimbourg).

Boubacar Traoré (Photo: Frantz-Minh Raimbourg).

Des souvenirs… bons ou mauvais ?
En quarante éditions je n’ai pas vraiment de mauvais souvenirs, si ce n’est peut-être qu’on aurait pu nous donner plus de moyens pour aménager le site…
En toute modestie, ce qui me rend assez fier, c’est par exemple d’avoir programmé les premiers concerts en France, au festival, d’artistes comme Femi Kuti, Doudou N’Diaye Rose, Ismaël Lô, les Tambours du Burundi, Kassav, Mory Kanté, Lucky Dube, ou de Salif Keita (avec le Super Djata).
Johnny Clegg, je suis allé le chercher en Afrique du Sud, chez lui. Je l’ai fait venir en France en 1986, programmé la même soirée que Myriam Makeba, Mory Kanté et le Zimbabwéen Thomas Mapfumo !
En 1991, Cesaria Evora a fait sa première scène française à Angoulême, dans le quartier sensible et calme de Basseau. Elle flippait, mais elle a été géniale !
Danyel Waro a commencé à venir en 1985. A l’époque, il était side-man du groupe de maloya traditionnel Lo Rwa Kaf.
Il y a eu aussi Wendo Kolosoy le père de la rumba congolaise, Anne-Marie Nzié du Cameroun, ou Boubacar Traoré du Mali et tant d’autres, tous inséparables de l’histoire de leur pays et de la musique en général.
                                          Propos recueillis par Frantz-Minh Raimbourg.
Les Ambassadeurs avec Salif Keita. Amadou Bagayoko (Photo: Frantz-Minh Raimbourg).

Les Ambassadeurs avec Salif Keita. Amadou Bagayoko (Photo: Frantz-Minh Raimbourg).

Les Ambassadeurs avec Cheick Tidiane Seck. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg).

Les Ambassadeurs avec Cheick Tidiane Seck. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg).

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