Hommage à Victor Démé.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Victor Démé a été enterré le mercredi 23 septembre 2015 dans sa ville de Bobo Dioulasso au Burkina Faso, auprès de sa famille.
Pour lui rendre hommage, voici la réédition de mon entretien réalisé avec l’artiste en novembre 2010 à Scène de Monde. Espace Prévert de Savigny-le-Temple (Seine-et-Marne) et paru d’abord dans la revue Trad Mag en mars/avril 2011.
 
Fête de la Musique 2010. Vincennes. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)
Fête de la Musique 2010. Vincennes. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)

Fête de la Musique 2010. Vincennes. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)

Entre la tradition mandingue, le blues et des influences latines, les chansons de Victor Démé sont autant de chroniques de la vie quotidienne et les reflets d’une vie pleine d’expériences.
Je suis né au Burkina-Faso, dans la ville de Bobo-Dioulasso d’une famille mandingue de l’ethnie Marka explique Victor Démé. Ma mère était griotte et chantait dans les mariages, baptêmes, etc. Je l’accompagnais à chaque fois et cela m’a donné envie de faire la même chose.                        
A l’adolescence, il rejoint son père en Côte d’Ivoire, travaillant le jour dans l’atelier de couture de celui-ci et chantant la nuit dans les clubs de la ville. Dans la famille de mon père, la pratique de la couture se transmet depuis plusieurs générations.
A 20 ans, il intègre le groupe Super-Mandé dont le leader était Abdoulaye Diabate. Lui chantait en mandingue et moi troisième chanteur de la formation, j’interprétais les tubes congolais en vogue à l’époque.
Jusqu’à son assassinat en octobre1987, le président Thomas Sankara a donné un nouvel élan aux traditions musicales du Burkina-Faso longtemps restées dans l’ombre de celles du Mali, de la Guinée et du Congo (RDC).
En 1988, il revient au pays, gagne plusieurs prix musicaux et est recruté par plusieurs orchestres comme Le Suprême Comemba. Avec cette formation que j’ai commencé à écrire mes premières chansons à la guitare.
S’ensuit une longue période où il s’éloigne de la musique.A son retour, il chante dans des cabarets. On me réclamait des chansons de Mory Kante, de Salif Keita mais je n’avais pas le droit de jouer mes propres œuvres. Maintenant, cela a un peu changé (rires)… Je ne regrette pas ces années, elles m’ont permis d’appréhender la scène avec sérénité et d’avoir mon propre répertoire.
Hommage à Victor Démé.
En 2007, Camille Louvel, gérant d’un bar associatif de Ouagadougou (Le Ouagajungle) et le journaliste David Commeillas produisent ensemble le premier album de Victor Démé (Paru en 2008) dans un modeste studio avec une console 16 pistes, des micros d'appoint et un budget dérisoire de 2000 euros.
Afin de faire distribuer le disque en Europe, les deux hommes font appel à Romain Germa et Nicolas Maslowski de Soundicate pour fonder le label Chapa Blues Records. Nous avons pris beaucoup de temps pour le faire. Je pensais qu’il aurait un écho au pays mais pas plus… ajoute Victor.
Le succès de cet opus chanté en dioula va au-delà de toutes les espérances de l’équipe. Le chanteur et son groupe se produisent alors dans de nombreux festivals en France et en Europe.
Mais cette reconnaissance ne change pas l’homme. Quand il revient au pays, il peut enfin faire revenir ses filles de Côte d’Ivoire pour s’en occuper soi-même. Maintenant, j’ai l’eau courante et un compteur électrique sur lequel mes voisins viennent se brancher (rires)… Après plusieurs semaines de tournées, j’aime revenir à Bobo-Doulasso pour retrouver ma famille, jouer tranquillement de la guitare et boire du chapalo (bière de mil) avec mes amis.
Et la musique dans tout cela ? Souvent les textes viennent en premier. Ensuite, je cherche des mélodies qui peuvent aller avec. Cela peut prendre beaucoup de temps… Je démarre avec des accords mandingues, mais la chanson peut devenir un reggae ou un blues ! Les arrangements sont collectifs, chacun donne son idée.
Je pense qu’il ne faut pas chanter pour ne rien dire. Mes chansons parlent de tolérance, de solidarité, des anciens, des enfants et des femmes qu’il faut respecter !
Les femmes…l’artiste est intarissable sur le sujet et il leur rend hommage dans de nombreuses chansons (Burkina Mousso, Sabu).
Hommage à Victor Démé.
Le deuxième album, Deli (2010) est de nouveau enregistré à Ougadougou, dans le même studio et avec la même équipe de musiciens. Même son brut et direct, même volonté de ne pas dénaturer la musique de l’artiste.
Les 16 nouveaux titres (dont deux interludes) oscillent une nouvelle fois entre folk-blues, romances mandingues et parfums latin et flamenco.
D’autres influences enrichissent les compositions : accents country et pulsation afro-beat (Le saxophone de Femi Kuti, sur Wolo Baya). L’accordéon et le violon s’ajoutent discrètement au dum dum, à la calebasse et à la kora.
Encourageant chacun à perpétuer les traditions d’amour et de respect pour les aînés (Méka Déen), les femmes qui enfantent (Wolo Baya Guéléma), sans oublier tous ceux qui souffrent (Ibe Siran Munlela), Victor Démé poursuit ainsi sa quête: évoquer le bonheur d’être en vie.
                                                             Frantz-Minh Raimbourg
Création autour de l'Afrique ! Yeke Yeke !!! au Printemps de Bourges 2011. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Création autour de l'Afrique ! Yeke Yeke !!! au Printemps de Bourges 2011. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Fête de la Musique 2010. Vincennes. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)

Fête de la Musique 2010. Vincennes. (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)

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