Cheikh Lô.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Photo: Antoine Tempé.

Photo: Antoine Tempé.

Le barde mouride* fête cette année ses 40 ans de carrière et vient de remporter l’édition 2015 du prix Womex.
Après cinq ans de silence discographique, il nous revient avec un album aux couleurs africaines à la fois multiples et harmonieuses.
 
Né au Burkina Faso à Bobo Dialoso de parents sénégalais, il baigne dès son enfance dans une ambiance multiculturelle.
Très jeune, il apprend la guitare et les percussions en autodidacte puis commence à faire de la musique avec des groupes locaux du pays (« Orchestre Volta jazz »).
En 1978, il part vivre au Sénégal et participe à différentes formations de mbalax (dont celle du chanteur Ousmane Diallo alias Ouza).
Il s’installe ensuite à Paris où il prend part à diverses sessions (entre autres pour Papa Wemba) comme musicien de studio.
En 1989, sa première cassette Doxandeme (Emigrants) gagne l’Award du meilleur talent.
En 1995, il enregistre avec l’aide de Youssou N’Dour et les musiciens du Super Etoile de Dakar son premier album (Ne La Thiass. Label Jololi), étonnant mélange de mbalax acoustique/électrique et de sons latinos qui remporte un joli succès à Dakar.
En 1999, il fait paraître une deuxième galette (Bambay Gueej), une troisième en 2005 (Lamp Fall) et une quatrième en 2010 (Jamm), à chaque fois sur le label World Circuit.
 
Photo: Antoine Tempé.

Photo: Antoine Tempé.

Pourquoi une si longue absence ? Quand un disque paraît, on n’est jamais vraiment chez soi, il y a une période longue de tournées… 4/5 ans, c’est le temps qui m’est nécessaire pour avoir des choses à dire tant musicalement que dans les textes nous explique le chanteur.
Après avoir collaboré pendant des années avec la structure londonienne (à qui l’on doit entre autres l’incroyable épopée du Buena Vista Social Club), le musicien décide de tourner la page. Tout c’est bien passé, le producteur Nick Gold a toujours été là à mes côtés, je le remercie pour tout ce qu’il a fait.
Le nouvel opus sort sur le label français Chapter Two. Il a été réalisé par Andreas Unge et enregistré en grande partie à Stockholm en cinq jours lors d’un break entre deux dates de tournée poursuit Cheikh Lô. Les nouveaux titres étaient déjà écrits et les musiciens savaient ce qu’ils avaient à faire.
Cheikh Lô.
Une diversité de sons et d’influences… on croise la chanteuse brésilienne Flavia Coelho et l’accordéoniste parisien Fixi (Degg Gui. La Vérité) ou le trompettiste Ibrahim Maalouf (Balbalou). La diva malienne Oumou Sangaré partage "Doyal Naniou". Nous avions déjà collaboré ensemble sur le deuxième album. Le texte parle des coups d’États à répétition qui déstabilisent l’Afrique.
Les dix titres témoignent de l’importance de la spiritualité, interpellent les dirigeants africains et évoquent la paix et la démocratie. Ils sont chantés en wolof, en dioula, en français ou en anglais.
Peut-on alors parler d’africanisme musical ? J’aime beaucoup ce terme et je le revendique. Ce disque est comme un panier avec différents aliments. Chacun peut y prendre ce qu’il veut… Et on le fait avec plaisir…
Balbalou est avant tout la nouvelle œuvre d’un artiste qui regarde le monde avec beaucoup d’humanité.
                                                Frantz-Minh Raimbourg (Entretien réalisé dans le cadre du Festival d'Ile-de-France à la Cigale. Octobre 2015)
 
*Cheick Lô est membre de Baye Fall, une branche de la confrérie des Mourides. Il a adopté les signes de reconnaissance (dreadlocks et habits colorés) de ce groupe influent au Sénégal et en Gambie qui revendique un islam ouvert et tolérant.
                                                       
Photo: Antoine Tempé.

Photo: Antoine Tempé.

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