Sahra Halgan.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Rencontre avec une artiste emblématique du Somaliland* à l’occasion de la sortie de son album.
Studio de l'Ermitage. Paris. Février 2016. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Studio de l'Ermitage. Paris. Février 2016. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Racontez-nous votre "enfance musicale" ?
Je suis née à Hargeisa, la capitale de notre République située au nord-est de la Somalie.
Nous sommes de la tribu Issak, constituée essentiellement de commerçants.
La musique, la poésie a toujours eu beaucoup d'importance dans ma famille. Mon grand-père maternel était une sorte d’auteur-compositeur. Les gens venaient parfois de très loin pour le voir et lui demander des chansons qu’il écrivait et composait sur place.
J'ai commencé à interpréter le répertoire hérité de mes ancêtres depuis l'âge de 13 ans.
Mes parents avaient une mauvaise image des femmes musiciennes. Malgré leur désapprobation, j’ai participé à différentes formations et à des comédies musicales dans ma région puis dans tout le pays.
En 1988, la guerre a éclaté ? 
Je me suis engagé et je suis parti pendant quatre longues années au côté des soldats luttant pour l'indépendance de mon pays.
Je suis devenue infirmière de campagne et j'ai chanté pour adoucir les souffrances des blessés. C'est à ce moment là qu'une radio indépendantiste  m'a surnommé "Sahra la Combattante" (Sahra Halgan).
Studio de l'Ermitage. Paris. Février 2016. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Studio de l'Ermitage. Paris. Février 2016. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Un peu plus tard,vous quittez votre pays pour venir en France ?
Oui, j'étais réfugiée politique. Je me suis installée à Lyon en 1992. J’ai continué de me produire un peu partout dans le monde pour la diaspora somalilandaise.
J'ai d'abord collaboré avec le guitariste/percussionniste Togolais Peter Solo. Un album est paru en 2009 (Somaliland. Athos Productions).
Aujourd’hui, vous revenez sous la forme d’un trio  en compagnie du percussionniste Aymeric Krol et du compositeur/guitariste Maël Salètes ? 
Entre nous, cela se déroule d’une manière naturelle, il y a un esprit d’échange, un respect réciproque. Ensemble, nous avons fait un film qui raconte l’histoire de mon pays. On peut le retrouver sur le DVD qui accompagne le disque.
Vous continuez de vous engager ? 
Au Somaliland, la femme est respectée, elle peut jouer un rôle très actif. Nous avions un grand théâtre, malheureusement il a été détruit. J’ai créé un Centre culturel qui se nomme en français « Garde la culture ».
Et l’album?
On a commencé à le réaliser en 2013 avant mon voyage de retour.
Certains titres viennent de la tradition, d’autres sont des compositions originales qui évoquent les paysages, l’exil mais aussi la vie quotidienne et l’amour. La musique souvent intimiste, peut parfois être très rythmée et génératrice de transe.
Dans notre culture, les chansons servent d’intermédiaire entre deux personnes. Par exemple, on ne dira jamais « Je t’aime » ou « Vas-t’en ! » à quelqu’un, mais on lui fera comprendre par la poésie du texte. C’est une façon d’échanger, de communiquer.                                      
                                Propos recueillis par Frantz-Minh Raimbourg.
 
(*NDLR : A ce jour, son indépendance autoproclamée sur la Somalie en mai 1991 et sa Constitution du 30 avril 2000 ne sont pas reconnues par la communauté internationale.).

Maël Salètes, guitariste issu du rock indé, participe aussi au projet « L’étrangleuse », duo qu’il forme depuis l’été 2008 avec la harpiste classique Mélanie Virot.
Entre post-rock, néo- folk, « tourneries africaines » et musique contemporaine, cet OVNI musical pour cordes vient de sortir un deuxième album troublant réalisé par le producteur anglais John Parish et qui mérite d’être écouté.

Studio de l'Ermitage. Paris. Février 2016. Avec Maël Salètes et Aymeric Krol (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)vec

Studio de l'Ermitage. Paris. Février 2016. Avec Maël Salètes et Aymeric Krol (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)vec

Sahra Halgan.

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