Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

LES AMBASSADEURS et LE TOUT PUISSANT ORCHESTRE POLY-RYTHMO DE COTONOU.
 
Rencontre avec deux groupes légendaires des musiques populaires urbaines africaines.
Les Ambassadeurs. Théâtre Sénart. Novembre 2015. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Les Ambassadeurs. Théâtre Sénart. Novembre 2015. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Le Tout Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou. Espace Prévert. Scène du Monde. Novembre 2015 (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Le Tout Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou. Espace Prévert. Scène du Monde. Novembre 2015 (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

20 novembre 2015. Une semaine juste après ce triste vendredi 13, direction le tout nouveau « Théâtre de Sénart, Scène Nationale », situé à Lieusaint, Seine-et-Marne, en région Île-de-France.
Un petit mot sur cet immense bateau: Plus de 50 spectacles programmés par an, 2 salles d’une capacité respective de 843 fauteuils et de 303 à 1126 places (de type modulable), 1 lieu de répétitions, 1 atelier de construction de décors, 1 restaurant, 2 bars, 1 coin librairie, un patio paysagé…et la volonté de porter « les valeurs de partage autour de la création et du spectacle vivant », que ce soit le théâtre, la danse, les arts de la piste ou toutes les formes de musiques…
En ces temps maussades pour la connaissance, l’ouverture d’un nouvel équipement culturel majeur soutenu par de nombreux partenaires territoriaux et nationaux est une bonne nouvelle, et pas seulement pour le sud francilien…
Pour ce premier concert post-attentats, il est prévu de rencontrer Les « Ambassadeurs », la mythique formation malienne qui s’est reformé à notre grande surprise deux ans auparavant.
Cheikh Tidiane Seck a été promu porte-parole. Le claviériste/arrangeur qui a joué avec les plus grands (Jimmy Cliff, Carlos Santana, Ornette Coleman, Hank Jones…) n’est pas encore arrivé. Nous l’attendons au foyer réservé aux artistes.
C’est l’occasion de croiser quelques uns des membres du légendaire orchestre :
Idrissa Soumaoro, présent depuis 1973, organiste et auteur en 1969 du célébrissime Ancien Combattant, repris par le Congolais Zao en 1984 (et pour lequel, soit dit en passant, il n’a pas touché un seul centime de droit d’auteur).
Amadou Bagayoko quand à lui a commencé sa carrière de guitariste avec l’ « Eclipse Orchestra » de l’Institut des Jeunes aveugles de Bamako. C’est là qu’il rencontrera une certaine Mariam Doumbia avec qui il formera le duo de notoriété internationale « Amadou et Mariam ».
Ousmane Kouyaté est compositeur, arrangeur, balafoniste et guitariste. Il a joué avec Joe Zawinul, Toumani Diabate et Mory Kante entre autres….
Quand à Modibo Koné, il a été le percussionniste jusqu’en 1978, avant de devenir chauffeur puis un modeste retraité. En juillet 2014, il retrouve la capitale malienne avant d’entamer ce long et réjouissant dernier tour de piste.
 
 
Idrissa Soumaoro, Amadou Bagayoko et Ousmane Kouyaté. Novembre 2015. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Idrissa Soumaoro, Amadou Bagayoko et Ousmane Kouyaté. Novembre 2015. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Modibo Koné, Cheikh Tidiane Seck. Novembre 2015. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Modibo Koné, Cheikh Tidiane Seck. Novembre 2015. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Salif Keita. Novembre 2015. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Salif Keita. Novembre 2015. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Cheikh Tidiane Seck et Salif keita arriveront au théâtre peu de temps avant que le rideau rouge s’ouvre. L’entretien peut commencer. Il sera forcément de courte durée…
 
Au lendemain de l'indépendance (1960), le pays a soif de nouveauté. De nombreux ensembles se créent avec la ferme envie d’inventer une musique qui corresponde à leur identité propre. L’histoire des « Ambassadeurs » débute à ce moment là, en 1969 au Dancing du Motel de Bamako.
Les musiciens viennent du Mali, mais aussi des pays voisins comme le Sénégal ou le Ghana. Quand aux chanteurs, ils peuvent être jusqu’à six sur scène dans la même soirée avec chacun leur spécialité, (funk, jazz, rock, rumba, salsa…).
En 1972, le guitariste guinéen Kante Manfila s’impose comme leader et la musique jusque là très diversifiée prend des couleurs mandingue et bambara.
Salif Keita vedette (avec Mory Kante) du mythique « Rail Band du Buffet-Hôtel de la Gare » (fondé par le saxophoniste Tidiani Koné) est recruté un an après.
En 1978, ils s’exilent à Abidjan. Ceux qui sont devenus les « Ambassadeurs internationaux » enregistrent plusieurs albums intemporels dont le fameux Mandjou, dédié en partie à Sékou Toure.
Au début des années 1980, le Big Band se scinde en deux.
En 1985, Salif Keita revient au Mali puis s’installe en France. Il démarre alors la carrière solo qu’on lui connait et devient une star internationale.
Pourquoi ce retour 30 ans après ?
Je pense que nous avions tous secrètement l’idée de revenir, nous explique Cheikh Tidiane Seck. C’est arrivé à un moment où beaucoup d’anciens, comme l’Orchestra Baobab se reformaient. Je me suis dit : « Pourquoi pas nous ! ». Tout le monde a répondu positivement. Depuis, il y a eu deux années de tournées...
Comment s’est fait le choix des morceaux ?
On a puisé dans le répertoire des différentes périodes. On a voulu jouer comme on le faisait avant, mais avec notre maturité, nos expériences actuelles. Il y a eu forcément une évolution, les automatismes ne sont plus les mêmes
Cette renaissance inespérée s’explique aussi par la volonté de rendre hommage aux disparus, à commencer par Kanté Manfila, décédé à Paris en 2011.
Le musicien poursuit : Je pense qu’il n’y aura plus de prochaine foisCe fut une expérience très enrichissante. En ce qui me concerne, j’ai retrouvé mes amis, j’ai eu beaucoup de bonnes sensations. Cela m’a rajeuni et m’a conforté dans l'idée qu'en musique on n'a pas d'âge (Sourire) !
Un EP de quatre titres est sorti. Les bénéfices sont alloués au centre de la Fondation Salif Nantenin Keita qui accueille au Mali des enfants albinos. Rebirth  ( Renaissance ) est composé de deux morceaux du chanteur (Mali Denou et Seydou extrait de Folon sorti en 1995), un d’Idrissa Soumaoro (Tiecolomba Hé) et le dernier de Kanté Manfila (4V).
Pour finir, Cheikh Tidiane Seck nous confie qu’il envisage déjà la suite avec plusieurs projets, entre autres une galette afro jazz avec son trio et un quatrième opus solo.
 
27 novembre. Retour à « Scène du Monde. Jacques Prévert », situé à Savigny-le-Temple, à quelques kilomètres du Théâtre Sénart. Un des rares lieux dédié au Musiques du Monde (NDLR : Voir notre article sur ce même blog).
Cette fois, nous allons à la rencontre du Tout-Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou qui a enregistré plus de 1000 chansons sur au moins 500 albums. Et c’est leur leader incontesté Vincent Ahehehinnou qui nous raconte la genèse de cette véritable institution béninoise.
 
Les chanteurs du Tout Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou. Au centre: Vincent Ahehehinnou. Novembre 2015. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Les chanteurs du Tout Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou. Au centre: Vincent Ahehehinnou. Novembre 2015. (Photo: Frantz-Minh Raimbourg)

Espace Prévert. Scène du Monde. Novembre 2015 (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)
Espace Prévert. Scène du Monde. Novembre 2015 (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)
Espace Prévert. Scène du Monde. Novembre 2015 (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)

Espace Prévert. Scène du Monde. Novembre 2015 (Photos: Frantz-Minh Raimbourg)

Le Poly-Rythmo a été fondé en 1968 sur les cendres du « Sunny Black Band ».
On a vite constaté que notre public voulait entendre de nombreux styles musicaux alors en vogue, que ce soit la rumba congolaise, le highlife ghanéen… En semaine, nous apprenions ces différentes formes afin de les interpréter le samedi et le dimanche.
La chanson française a eu aussi sur nous beaucoup d’impact : la vague Yéyé et "Salut les Copains" entre autres, même si la plupart du temps c’était des reprises de succès anglo-saxons !
Puis, il y a eu James Brown et plus tard Fela Anikulapo Kuti…
Comme nous n’avions aucune envie d’imiter qui que ce soit, nous avons conjugué toutes ces formes avec des rythmiques vaudoues.
Un peu après, nous avons composé nos premiers titres originaux. C’étaient surtout des chansons de Clément Mélomé, notre chef d’orchestre et chanteur vedette à l’époque qui est décédé en décembre 2012.
Chaque semaine, on enregistrait deux 45 tours. Ça ne nous rapportait un peu d’argent : 25.000 Francs CFA (environ 38 euros), le producteur empochait le reste.
Dès 1969, nous avons eu du succès et nous avons collaboré avec Manu Dibango, Miriam Makeba, Fela et beaucoup d’autres…
Mais forcément en plus de 40 ans, il y a eu des hauts et des bas… Par exemple, en 1982, lors d’une tournée en Libye, les autorités ont détruit nos instruments. Ils croyaient que nous avions de l’alcool ! Ils n’ont rien trouvé mais ce fut un coup dur...
Notre pays est celui qui a subi le plus de coups d’état au monde, il y a eu des restrictions des libertés et cela a joué souvent sur notre carrière. Même si nous avons d'autres activités par ailleurs, la musique est notre métier. Certains sont restés, d’autres sont partis, mais nous sommes toujours restés chez nous.
Il y a eu de nombreux artistes, chanteurs, compositeurs du Bénin mais aussi des pays voisins (Sénégal, Mali, Côte d’Ivoire…) qui sont venus travailler avec nous poursuit Vincent Ahehehinou !
Les textes, chantés la plupart du temps en langue locale (fon, yoruba), évoquent beaucoup de sujets, la vie quotidienne et l’amour bien sûr... Les arrangements viennent des auteurs-compositeurs eux-mêmes. Quand quelqu’un arrive, il amène avec lui ses idées, personne ne se met de côté... (NDLR : Citons entre autres les « tubes » Gebti Madjiro, Angelina, C’est lui ou moi)
Pendant 40 ans, le « T.P » n’avait jamais quitté l’Afrique. Nous sommes venus en Europe pour la première fois en 2009 grâce à la journaliste et productrice française Elodie Maillot qui était venue nous voir au Bénin.
Si on peut regretter que le Tout Puissant Orchestre est aujourd’hui plus connu des Européens que des jeunes Béninois, la légende continue sa route avec sérénité et un grand label à ses côtés (Because Music). Et quand on fait remarquer qu’un grand nombre de formations historiques se sont reformées récemment, la réponse fuse : A la différence de tous, nous n’avons jamais arrêtés
                                    Propos recueillis par Frantz-Minh Raimbourg

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