Denecheau Jâse Musette.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Entretien avec Daniel Denécheau à l’occasion de la sortie du nouvel album du groupe.

Photo: Patrick Bard.

Photo: Patrick Bard.

L’aventure a démarré il y a un peu plus de 20 ans. A l’époque, Daniel, déjà passionné par le vieux répertoire musette joue en duo avec Denis « Scotch » Gérard (banjo, scie musicale). Ils sont vite rejoints par le guitariste/banjoïste Didier Roussin avec qui l’accordéoniste a collaboré sur l’indispensable Volume 1 de l’album Paris Musette (1990. La Lichère/Fremeaux & Associés).

Robert Santiago, qui avait acheté un jâse* des années 1930 dans un vide-grenier (afin de le montrer dans ses expositions sur l’accordéon) rejoindra le groupe après avoir travaillé l’instrument en s’inspirant des vieux disques de sa collection.

Un petit retour en arrière s’impose. Daniel Denécheau a vingt ans en 1976. Comme beaucoup de jeunes de cette génération, il déteste l’accordéon…jusqu’à ce qu’il découvre Le Spécial Instrumental : l’Accordéon Diatonique de Jean Blanchard et Jean-Loup Baly (1975. Le Chant du Monde). Il fréquente alors Le Folk Club du Bourdon, apprend avec l’ethnomusicologue Yves Guillard et le musicien italien Riccardo Tesi et ne rate pas un concert des Diatonistes Serge Desaunay et Marc Perrone.

Au début des années 1980, il fait du collectage en Auvergne avec l’Association des Musiciens Routiniers. Les gens contactés nous ont dit : « Vous êtes parisiens, allez donc faire des recherches là-bas, il y a plein d’anciens accordéonistes, cabrétaires… qui ont émigré dans la capitale ! ». Il y a eu entre autres la rencontre avec Madame Dufayet qui a tenu un Bal Auvergnat Passage Thiéré dans le quartier de la rue de la Roquette et qui nous a raconté la belle aventure de ces musiciens.

Daniel complète ses connaissances en allant à la recherche de vieilles partitions et de 78 tours d’artistes comme Charles Péguri, Robert Garnero ou Emile Carrara (compositeur de Mon Amant de la Saint-Jean). Certains de ces pionniers jouaient sur un accordéon mixte*. Pour en savoir plus encore sur cet instrument, Daniel Denécheau demande à la société Saltarelle de lui en fabriquer un, proche de celui d’Emile Vacher que l’on considère comme le créateur du genre musette.

Photo: Véronique Guillien.

Photo: Véronique Guillien.

Le premier album du Denécheau Jâse Musette paraît en 1995. Ce premier opus du trio, appelé Le Musette à Paris (avec les invités : Daniel Collin. accordéon chromatique, bandonéon et Michel Esbelin. cabrette) est composé de 18 morceaux, reprises ou compositions originales: javas, valses, bourrées mais aussi des fox-trotts, une mazurka, un tango et un paso doble…

En 1996, Didier Roussin décède à l’âge de 47 ans. Sa disparition nous a mis un sacré coup au moral. Le groupe a continué de tourner avec d’autres banjoïstes, mais le cœur n’y était pas vraiment…

Illustration: Cyrille Buffet.

Illustration: Cyrille Buffet.

La chanteuse Ophélia Bard rejoint la formation au début des années 2010. Grâce à son « insistance », le DJM réenregistre un nouvel album, vingt ans après le premier... L’arrivée d’Ophélia nous a apporté une nouvelle jeunesse. Sur scène, elle chante et joue du bigophone*, de la pissotière (porte voix) et de la sonnette de vélo ! Maintenant, nous ne faisons plus seulement des refrains chantés mais aussi des chansons entières…

Le deuxième album (Amour java. Buda Musique), enregistré à Rouen au Studio du Flâneur (chez Christophe Pélissié par ailleurs au dobro) est forcément différent du premier. La voix a été restituée autour d’un vieux micro à ruban Melodium 42B de 1949. On y retrouve, outre le quartet, le complice Michel Esbelin. Le répertoire, plus axé sur les Fox-trotts, (mais également des javas, des valses, une polka, un paso doble et une mélodie napolitaine) provient des années 1920/1930 en particulier et les compositions originales ont été écrites le plus souvent par Robert Santiago.

Sur scène, la formation propose des bals, des concerts et aussi des « concerts-conférences » qui racontent en musique et dans la bonne humeur la naissance du musette. C’est une musique populaire par excellence, à la fois métissée et typiquement parisienne nous explique Daniel. Quand je la joue, j’ai l’impression de transmettre une culture ! Si j’étais né à Buenos-Aires, j’aurais fait du Tango, ailleurs cela aurait pu être de la samba ou du calypso… Ce sont des styles musicaux qui reflètent l’âme d’un pays, d’une région ou d’une ville.

Ajoutons que le musicien continue de composer et de jouer dans d’autres styles, en particulier du traditionnel lors de cours et de stages. En 2006, il a fait paraître (avec Béatrice Fontaine) un CD de comptines et de chansons courtes sur Paris (« Paris est un escargot ». Coup de cœur de l’Académie Charles Cros)

Entretien réalisé à Paris par Frantz-Minh Raimbourg.

*Le Jâse : Ancêtre de la batterie.

*L’Accordéon mixte : Instrument hybride, né au début du XXéme siécle. Il est à mi-chemin entre l’accordéon diatonique auquel il a emprunté la main droite (système bisonore, 2 notes par bouton selon que l’on ouvre ou que l’on ferme le soufflet) et l’accordéon chromatique auquel il a emprunté les basses.

*Le Bigophone : Inventé en 1881 par le Parisien Romain Bigot, cet instrument de musique fait en zinc est proche du mirliton. Il peut prendre différentes formes et on en joue en chantant dans l'embouchure.

Photos: Patrick Bard.
Photos: Patrick Bard.

Photos: Patrick Bard.

Publié dans Folk

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