Charlotte Dipanda.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

La chanteuse camerounaise fait paraître un CD/DVD capté « live » à La Cigale en 2015 et elle sera à l’Olympia le 10 septembre prochain. A cette occasion, nous l’avons rencontré à Paris il y a quelques semaines.

Photo: X.

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Racontez-nous votre « enfance musicale » !

J’ai passé ma jeunesse entre la capitale Yaoundé, la ville portuaire de Douala et l’ouest du pays chez un de mes oncles. A la maison toute la famille faisait de la musique. Quand il y avait des évènements à fêter, ma grand-mère qui m’a élevée allait chanter dans les bals.

Plus tard, je suis allée dans une chorale, j’écoutais du gospel, de la soul, des artistes comme Anita Baker ou Jill Scott… Puis à l'âge de 15 ans j’ai commencé à me produire dans les cabarets (NDLR : Restaurants où des orchestres animent la soirée), dans différents lieux parfois jusqu’à 2 heures du matin. La journée, je continuais d’aller au lycée. Je me suis vite rendue compte que je ne pouvais pas continuer sur ce rythme et j’ai finalement arrêté mes études en classe de seconde pour me consacrer à la musique.

La collaboration avec le guitariste Jeannot Hens a été décisive dans votre carrière ?

Tout à fait. Il était ami avec des jeunes rappeurs avec qui je formais un groupe à ce moment là. On a enregistré ensemble un disque qui est sorti en 2001 (Jeannot Hens et Charlotte Dipanda) et qui a remporté un joli succès. Pendant cette même période, j’ai travaillé avec l’artiste Koppo (NDLR : De son vrai nom Simon Patrice Minko’o Minko’o) sur son titre J’en ai marre et avec Lokua Kanza. Avec ce dernier, j’ai commencé à chanter en tant que choriste à l’étranger et notamment en France.

En 2001, vous vous installez à Paris ?

Oui et afin de me perfectionner, j’ai décidé alors de m'inscrire à l'Institut Art Culture Perception (IACP) pour prendre des cours de solfège, de piano et de chant.

A la même époque, j’ai intégré la chorale Gospel pour 100 voix, j’ai enregistré un duo avec Papa Wemba (NDLR : Dans le CD « Émotions ») puis j’ai fait les chœurs pour Manu Dibango, Idrissa Diop, Rokia Traoré et encore Axelle Red et Ana Moura.

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Votre premier album solo (Mispa) réalisé par le bassiste Guy Nsangué paraît en 2008 ?

J’avais commencé à écrire les textes de cet opus depuis 2005. J'étais encore dans une quête musicale. Il y avait du r'n'b chanté en français, toutes ces choses que j’écoutais beaucoup à ce moment là. Le titre est un hommage à titre posthume à ma grand-mère.

Le suivant (Dube L'am. 2012) est plus « ouvert » rythmiquement sur chaque région du Cameroun. Je chante en langues douala, bakaka et française avec des invités comme Toto Guillaume, les guitaristes et chanteurs congolais Olivier Tshimanga et Lokua Kanza, Richard Bona, Jacob Desvarieux du groupe Kassav ou Coco Mbassi. Guy Nsangué est une nouvelle fois à la réalisation.

Comment composez-vous ?

C’est très aléatoire : parfois, j’ai la mélodie avant le texte, ou quelques accords de guitare sur lesquels j’essaye de construire une histoire, cela dépend aussi de l’énergie du moment…

Le succès de vos deux premiers albums vous a apporté une indéniable popularité auprès de vos compatriotes !

Comme je vous le disais, je suis née et j’ai vécu dans trois des cinq grands territoires culturels du Cameroun qui ont chacun des traditions très différentes. En toute modestie, les gens de chez moi se reconnaissent peut-être dans mes chansons parce que je fais d’une certaine façon le tour du pays musicalement et que j’ai pu briser la barrière de la langue. Je parle de sujets universels comme l’amour, la haine, la douleur, la mort, la foi sur du makossa, du bikutsi ou du Ben-Skin. Chacun y retrouve des éléments propres à sa culture. Mon Cameroun est métissé de l’intérieur.

Charlotte Dipanda.

Parlons maintenant de Massa réalisé une nouvelle fois par Guy Nsangué (2015) !

La musique camerounaise est immensément riche et il faudrait plus d’une vie pour en dessiner les contours ! Cependant, je ne vis plus là-bas et avec cette troisième galette, il me semblait important de créer un lien avec d’autres publics, sans pour cela « couper le cordon ombilical » évidemment… Être à l’écoute de l’autre tout en gardant mon authenticité.

Les arrangements sont plus variés avec l’arrivée de différents guitaristes, d’une section des cuivres… Je m’autorise des fusions avec le Brésil ou la rumba. Artistiquement, il est plus ouvert aussi sur le Cap-Vert. J'ai d’ailleurs fait appel à Fernando Andrade, l'arrangeur de Cesaria Evora sur deux chansons.

Les thèmes évoqués parlent de ce que j'ai vu et vécu ces dernières années. Avant, je parlais de moi mais indirectement. Je me suis ouverte, je me dévoile plus, je me revendique en tant que femme noire et Camerounaise et j’ose m’adresser de façon plus claire à la société civile. Il y a tant à dire…le chômage, le manque d’infrastructure, les problèmes sanitaires…Le titre « Massa » (« Monsieur ») évoque le terrorisme, ce qui se passe dans le nord du Cameroun avec Boko Haram. Nous devons tous réagir…

Entretien réalisé par Frantz-Minh Raimbourg.

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