Sébastien Bertrand et Lillabox.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Le compositeur/accordéoniste voyageur vient de sortir un album solo à la fois subtil et novateur.

Le duo Lillabox fait paraître un premier opus acoustique intense et inspiré et sera en concert le jeudi 15 septembre à Paris au Divan du Monde.

Nous les avons rencontrés tous les trois il y a quelques semaines, dans un café de la capitale, près du lieu symbolique de la Place de la République.

Entretien croisé avec trois artistes « libres » aux cheminements singuliers.

Sébastien Bertrand. (Photo: Stéphane Bellanger)

Sébastien Bertrand. (Photo: Stéphane Bellanger)

Lillabox. (Photos: Samuel Charles)
Lillabox. (Photos: Samuel Charles)

Lillabox. (Photos: Samuel Charles)

Sébastien, quel est ton parcours musical ?

SB : Je suis né au Liban, j’ai été adopté et je suis venu en France à l’âge de neuf mois. J’ai grandi dans une famille de musiciens et de collecteurs du Marais breton vendéen avec qui j’ai participé au groupe de danses traditionnelles TapdouPaï. J’ai d’abord commencé en jouant tout seul de mon instrument dans ma chambre, puis très rapidement on a monté avec mon oncle Thierry un duo accordéon diatonique/ veuze (NDLR : Instrument de musique à poche de la famille des cornemuses en Loire-Atlantique) qui s’est élargi plus tard avec d’autres artistes venus du jazz, du rock et de la musique classique.

Il y a eu depuis la création de la compagnie CAHPA (Compagnie des Arts d’Hier Pour Aujourd’hui. 2003), de différentes formations (NDLR : Citons entre autres : Sloï , Duo Pennec-Bertrand) ainsi que de nombreux projets artistiques associant divers genres musicaux mais aussi théâtre, danse et cinéma ....

Et vous Alexandre et Mathieu ?

Alexandre Heztzel : Je suis guitariste autodidacte. A l’âge de 16 ans, je reprenais des classiques du rock et du jazz manouche avec des amis. Après avoir obtenu mon diplôme d’ingénieur du son, je me suis consacré pleinement à la pratique de la guitare en travaillant tout particulièrement les accordages « open tuning » et en coupant les capodastres...ce qui permet de créer des sonorités différentes ! En travaillant mes compositions, je me suis intéressé à de nouveaux styles, et plus particulièrement aux musiques orientales. Depuis, J’essaye de retranscrire ces sons avec ma guitare folk.

Mathieu Deranlot : J’ai commencé l’apprentissage du violoncelle à l’âge de 5 ans au Conservatoire de Meaux. Je me suis tourné rapidement vers la musique ancienne (viole de gambe, violoncelle baroque). Dans le même temps et au même endroit, j’ai monté et dirigé une batucada (NDLR : genre de musique né à Rio de Janeiro au Brésil. Par extension, on utilise ce mot pour désigner un groupe de musiciens pratiquant ce style musical.). Puis j’ai fait partie de son atelier jazz en tant que batteur et percussionniste. Ensuite, j’ai intégré différentes institutions à Paris, à Strasbourg puis à Noisiel. En 2008, j’ai créé avec deux amis le trio instrumental Baroque Harmonico (violes de gambe et théorbe) et j’ai été violiste au sein de l’ensemble « Opalescences ».

Comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux ?

AH : En 2007, J’ai fondé avec des amis le groupe Cirrus teinté d’influences folk, rock et traditionnelles. C’est au cours de ce projet que j’ai fait la connaissance de Mathieu. Quelques années plus tard, nous avons créé le duo Lillabox.

MD : On avait au départ des parcours et une approche artistique assez différente, mais on a tout de suite eu beaucoup de plaisir à jouer et créer ensemble. On a d’abord testé le duo viole de Gambe/guitare, mais mon instrument se désaccordait tout le temps (sourire)

Sébastien Bertrand. (Photo: X.)

Sébastien Bertrand. (Photo: X.)

Sébastien, quels sont plus précisément tes liens avec les musiques traditionnelles ?

SB : En ce qui me concerne, elles sont liées au quotidien dans lequel j’ai vécu depuis mon enfance. Comme je le disais, avec ma famille et TapdouPaï, il y avait tout un travail de collectage avec cette idée d’authenticité, de la valeur du témoignage. Dans le même temps, à la maison il y avait des vinyles de partout… mon père est d’ailleurs un collectionneur.

A l’adolescence, mon oncle Thierry m’a amené dans des festivals comme Saint-Chartier, aujourd’hui « Le Son continu » au Château d’Ars (36). Petit à petit, j’ai pris conscience que je pouvais pratiquer d’une façon différente.

En juillet 2009, il y a eu Chemin de la Belle Etoile qui a été créé au festival d’Avignon et que tu jouais seul sur des textes de Yannick Jaulin ?

SB : Le lien avec le Liban s’est fait progressivement. Pendant longtemps, je n’ai pas pu regarder ce qui se passait musicalement autour du bassin méditerranéen. Puis, il y a eu le Trio Joubran et d’autres formations, le spectacle de Wajdi Mouawad (Forêts) qui traitait des liens du sang. Tout cela m’a bouleversé. Au printemps suivant, je suis retourné à Beyrouth pour la première fois depuis 35 ans. C’était dans le cadre d’un festival du conte et j'accompagnais Yannick.

À l’issue de ce premier voyage, nous avons décidé de créer ce récit qui résonnait aux questions que je me posais sur l’identité, la famille, l’enracinement, l’adoption… Chemin de la Belle Etoile a eu écho assez incroyable. Je l’ai joué plus de 380 fois. De nombreux spectateurs venaient me voir à la fin pour me parler d’eux et de leur propre histoire…

Après tout ça, un temps de pause m'a été nécessaire. J'ai même pensé un moment que j'allais arrêter de monter sur scène.

Il y a eu aussi le Nahas Project ?

Adib Nahas est le nom de la rue de l’orphelinat de Beyrouth dans lequel je fus confié à ma naissance. J'avais envie de revenir à un projet musical évoquant à la fois mon Orient et mon Occident, J’ai demandé à Alexis Thérain (guitare), Julien Padovani au (piano), Ange B (beatbox) et Oussama Abdel Fattah (oud) de me rejoindre.

Ce spectacle s'appuie sur mes compositions, avec des arrangements collectifs, du chant en français et en arabe et une large place laissée à l'improvisation.

Sébastien Bertrand et Lillabox.

Pourquoi un album d’accordéon solo ?

SB C’est un projet que j’avais en tête depuis longtemps... Certains comme Marc Perrone, Ricardo Tesi, Máirtín O'Connor et d’autres se sont imposés dans cette forme, mais le solo de diatonique est finalement quelque chose d’assez rare… C’est un exercice très difficile, parce que c’est une expression directe de soi-même, surtout quand le répertoire est composé en grande partie d’oeuvres originales. Les musiques de cet album étaient là, un peu hésitantes et elles ont fini par prendre du sens… Pour quelqu’un comme moi qui viens de reprises issues en partie de la tradition, c’est une démarche totalement affirmée ! J’ai un parcours depuis des années que j’ai choisi. C’est arrivé au bon moment ! Il fallait échanger pour finalement revenir à la matière première…

Peux-tu nous parler plus précisément du contenu ?

En studio, j’ai d’abord pris le temps de travailler et d’expérimenter autour de mes compositions et du son de mon instrument avec l’ingénieur Pascal Cacouault. Nous avons par exemple installé des capteurs sonores dans l’accordéon…pour revenir finalement à plus de simplicité…

A travers les différents titres, j’évoque mes deux pays et mes deux cultures. Même si mes mélodies prennent souvent racine dans les traditions populaires d'ici (valse, maraîchine, mazurka, scottish ...), c’est autant l’ambiance des rues de Beyrouth qu’un petit chemin ou une île de l’océan Atlantique... Je me suis beaucoup inspiré des paysages, j’ai pris le temps d’observer… D’autres morceaux résonnent avec l'actualité, parle d'un voyage sans frontière, du droit de partager la terre…

Photo: X.

Photo: X.

Mathieu et Alexandre, qu’est-ce qui caractérise Lillabox ?

AH : Notre travail est basé au départ sur l’improvisation. On fait « le bœuf » pendant des heures, on s’enregistre. Puis, on sélectionne les séquences qui nous semblent intéressantes afin de mieux les structurer et que l’ensemble soit cohérent. A partir d’un accord ou d’un rythme, tout peut arriver (rires) !

MD : C’est le fruit de ce que nous aimons et écoutons, comme les ragas indiens, le flamenco ainsi que le rock. Ce que j’ai emprunté à la musique ancienne, c’est avant tout l’ornementation et une libre interprétation, tout en restant dans une énergie très actuelle.

Lillabox. (Photo: Rachel Saddedine.)

Lillabox. (Photo: Rachel Saddedine.)

Comment voyez-vous la scène ?

SB : Aborder un public, c’est savoir ce que l’on va leur raconter ou jouer, c’est une manière de se présenter… Il faut de la technique, mais c’est avant tout une rencontre, un partage d’émotion…

MD et AH : Nous sommes d’accord avec Sébastien ! Le contact avec ceux qui nous écoutent est primordial.

MD : Dans notre duo, Alexandre est « le modérateur ». Je suis plutôt « le clown » qui raconte parfois de grosses blagues…

Entretien réalisé par Frantz-Minh Raimbourg.

Publié dans Folk

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