Sanacore.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Le quartet vocal féminin franco-italien vient de faire paraître un nouvel album et sera au Studio de l'Ermitage à Paris le mercredi 05 octobre. Entretien avec Tania Pividori, membre historique de la formation.

Photo: Daniel Manzi.

Photo: Daniel Manzi.

Racontez-nous les débuts du groupe !

Etudiante, je faisais de l’Anthropologie à l’Université Paris VIII de Saint-Denis avec des options musique sur la fonction sociale des musiciens. Quand j’ai su que Giovanna Marini venait enseigner l’ethnomusicologie, je lui demandé de participer à ses cours.

Dans le cadre de cet enseignement, il y a eu un vrai travail de recherche : Avec Anne Garcenot que j’ai rencontrée à ce moment là et d’autres, on a écouté, enregistré, transcrit beaucoup de chants très différents venus des Pouilles, de Sicile, de Calabre ou du Latium.

L’Italie a su conserver en grande partie son patrimoine musical et vocal exceptionnel grâce à sa diversité, ses langues et le travail extraordinaire du Nuevo Canzionere Italiano et des chercheurs des années 1960/1970.

Je suis partie à Rome pendant 6 mois, et puis on a fondé Sanacore (NDLR : « Qui soigne les cœurs » en dialecte napolitain) très rapidement. Nos premiers concerts datent de 1993. Notre ensemble est depuis une dizaine d’années composé d’Alessandra Lupidi, Leïla Zlassi, d’Anne et de moi-même.

Quelle a été l’apport de Giovanna Marini dans l’existence du groupe ?

Elle a d’abord été surprise de voir ses élèves monter si rapidement un ensemble vocal, mais elle nous a écrit des morceaux et nous a toujours encouragées.

Il y a eu d’autres influences ?

Quand Giovanna est venue enseigner à Saint-Denis, elle était accompagnée au départ d’une équipe. Il y avait entre autres Lucilla Galeazzi (NDLR : Voir notre entretien sur ce même blog) qui nous a transmis une façon de faire, une approche différente dans la composition ou l’interprétation.

Au fil des années, nous avons composé un nouveau répertoire, nous avons cherché à donner d'autres couleurs à ces musiques même si nous restons profondément attachées à ce que nous a transmis Giovanna Marini.

Sanacore a toujours été un ensemble uniquement vocal ?

Il n’y a jamais eu de guitare, de percussions, ni d’instruments de toutes sortes... Il nous est arrivé de chanter à trois pour diverses raisons… cela marchait très bien, mais l’équilibre du son est encore plus intéressant à mon avis sous la forme d’un quatuor. C’est un plaisir physique mais aussi un travail très exigeant.

Photo: Sylvain Entressangle.

Photo: Sylvain Entressangle.

De quelles façon le groupe a évolué depuis le premier album ?

En un peu plus de 20 ans, les voix se sont forcément transformées et ont mûri. Au départ, nous étions dans une « certaine tradition », même si il n’y a jamais eu de notre part une volonté de reproduction …

Et comme je le disais, au fil des rencontres et avec l’arrivée de nouvelles personnes, on a mélangé d’autres esthétiques, on a mis notre propre personnalité, ce que nous avions envie de faire entendre, tout en voulant préserver ces identités vocales qui continuent de nous émouvoir.

Comment se passe la réalisation des arrangements vocaux ?

La langue va induire la construction du morceau. On ne parle pas de la même façon en Lombardie ou en Sicile !

On teste beaucoup… Il y a généralement deux cas de figure : soit, une de nous arrive avec ses idées à partir d’une chanson écrite ou enregistrée, soit nous travaillons de façon collective sur une œuvre choisie par toutes.

Sur les deux derniers albums, nous ne nous « cantonnons » plus à un seul registre. Dans un même morceau, on peut par exemple passer chacune du grave à l’aigu, ce qui donne des couleurs multiples et particulières aux chants que nous interprétons.

Photo: Sylvain Entressangle.

Photo: Sylvain Entressangle.

Parlons maintenant de votre quatrième album E la Partenza (Buda Musique)…

L’album a été enregistré du 19 au 23 décembre 2015 au théâtre du Château d’Eu en Normandie pas loin du Tréport. C’est Sylvain Thévenard qui a fait la prise de son. Nous avons travaillé pour ce disque avec une conseillère artistique Caroline Chassany qui est issue du milieu lyrique.

Les chants viennent des différentes régions d’Italie, mais il y a aussi des compositions originales et des reprises d’auteurs-compositeurs de l’entre-deux-guerres comme Bixio Cherubini ou du mouvement de 1968 italien tel l’emblématique Alfredo Bandelli. Certains chants peuvent être considérés comme sacrés ou plutôt paraliturgiques. Ils font partie d’un répertoire important qui existe encore, mais ils sont rarement interprétés dans les églises. Marie et les apôtres ne sont plus des icônes mais des personnages populaires…

Il y a en filigrane les traces des immigrations qui sont passées en Italie ?

Tout à fait… Le sujet est d’une actualité brulante mais la péninsule a toujours été une terre de refuge pour de nombreux peuples qui ont amené avec eux leur culture musicale. Dans les chants de Sicile, il y a des sonorités quasi byzantines, dans les Pouilles, on retrouve des modes grecs…

Autre « fil rouge » de cet opus, un certain traitement vocal…?

Il y a de notre part, plus encore dans ce disque que dans les précédents, une volonté de proposer une interprétation originale. En ce qui concerne nos créations, on a choisi de revenir vers un son brut, peu policé et de ne pas s’appuyer sur une vocalité « ronde » ou dite contemporaine. Dans le même temps, nous avons voulu alléger ce qui vient de l’héritage en proposant quelques procédés et phrases musicales « autres »...

Et la scène ?

Dans le programme que nous tournons actuellement, il y a beaucoup de titres issus de E la Partenza dont Sola Aspettando, composition que Giovanna Marini a écrite pour nous et que nous avons enregistrée dans tous les disques à chaque fois de façon différente.

Entretien réalisé par Frantz-Minh Raimbourg.

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