Viet Vo Da House (2016)

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

Une fois n’est pas coutume, la.titudes vous propose un deuxième article sur une formation dont nous avons déjà parlé (« Viet Vo Da House ». Publié le 16 juin 2014).
Il y a plusieurs raisons à cela : d’abord les nouvelles musicales en provenance du Viêtnam ne sont pas si fréquentes et puis le groupe sort un deuxième opus passionnant et novateur que nous avons envie de vous faire découvrir*.
Entretien avec le guitariste Christian Bouaziz.
Christian Bouaziz. (Photo:Jean-Yves Le Garzic)

Christian Bouaziz. (Photo:Jean-Yves Le Garzic)

Patrick Genuite. (Photo: Emmanuel Hubert)

Patrick Genuite. (Photo: Emmanuel Hubert)

Dix ans presque après la sortie du premier album (Vê-Nha), Song Saigon est enfin « dans les bacs »… Pourquoi autant de temps ?
Oui en effet, 10 ans, c’est assez long…La vie, les occupations/projets des uns et des autres, et une période de plus ou moins 3 ans pour écrire/enregistrer (avec l’intervention de nombreux artistes invités vivant aux 4 coins du monde : à Saigon/Paris/New York) et mixer Song Saigon expliquent cette longue parenthèse.
De même, nous avons souhaité cette fois-ci sortir un CD physique, afin de « matérialiser » un peu plus l’existence du projet. Pour ce faire, nous avons pensé et lancé une campagne de financement participatif (sur la plateforme ULULE), qui nous a permis de compléter avec succès le financement de cet album.
Comment s’est passée la réalisation du disque ?
Avant de passer en studio, Catalan FC (toujours fidèle au poste !) et Patrick Genuite avaient réalisé un précieux travail de mix avancé sur plusieurs morceaux de l’album. Ce qui nous a permis de gagner du temps par la suite.
Nous avons voulu avec Song Saigon pousser l’expérience sonore encore plus loin, en mettant le projet entre les mains du studio parisien « 7 ème Ciel » et plus particulièrement de Thomas Viérin pour le mixage et de Jean-Maurice Hayano pour le Mastering, le tout sous notre direction artistique.
L’expérience/Studio a été très enrichissante pour nous. C’était la première fois que notre son était travaillé par des personnes extérieures au projet, n’ayant pas participé à sa création. Grâce à la vraie ouverture d’esprit dont ils ont fait preuve, nous avons pu travailler très efficacement en échangeant en permanence pour atteindre le calibrage de son désiré tout en gardant l’énergie initiale des morceaux. Nous leur adressons d’ailleurs un grand merci.
En ce qui concerne la pochette du disque, elle a été créée lors d’une session/Apéro-Design collective avec (et sur la base de ses magnifiques photos) Jean-Yves Le Garzic, un ami photographe français basé à Hanoi ( djyinhanoi.tumblr.com). Nous voulions (à l’image de l’atmosphère musicale de l’album) donner visuellement une couleur asiatique/extrême orientale à cet opus…et non pas uniquement Vietnamienne. Nous avons du reste opté pour VVDH (et non Viet Vo Da House) pour la signature/couverture de l’album.
Viet Vo Da House (2016)
Raconte-nous la création et l’orchestration des morceaux
En partie fidèles à nos habitudes, nous avons suivi le même processus créatif que pour notre premier album: un travail initial de composition/arrangement à deux (une guitare / un ordinateur), auquel se sont adjointes des parties instrumentales et vocales des musiciens et chanteurs. Mais Song Saigon présente aussi deux nouveautés: une part importante de compositions originales de VVDH et de nombreux morceaux co-arrangés par les artistes invités. Pour faire de ces rencontres un vrai moment d’échange et de partage…et laisser parler ces magnifiques talents !
Ce fut le cas de Nguyên Lê qui a laissé encore parler la foudre sur Ru Em, Catalan FC sa science incroyable des arrangements et du mix sur La Marche et My Nhi, enfin Ray Lema ses premières amours électro (programmation et arrangements des batteries électroniques) sur Rainy season ballad-elektro.
C’est aussi dans cet esprit que nous avons voulu être le plus possible à l’écoute des musiciens dans nos propres travaux d’arrangements : Lê cát trọng lý et Gene Perez sur CDEVT, Linh sur Noi…dont les discours musicaux nous ont amenés à repenser la structure des chansons, leur groove…
Une anecdote sur Gene Perez, le seul musicien présent sur Song Saigon que nous n’avons jamais rencontré physiquement ! Fan absolu depuis fort longtemps de sa basse au sein du duo de DJs Masters At Work ou encore auprès de la star de la salsa portoricaine Willie Colon, nous nous sommes rencontrés sur les réseaux sociaux il y a quelques années. Une vraie connexion musicale est née autour de notre travail…et c’est tout naturellement que nous l’avons invité à jouer sur l‘album…Magie de l’internet !
En tous cas, nous remercions de tout coeur ces musiciens qui nous ont littéralement portés en nous faisant rêver !
Au moment de notre précédente rencontre, tu me disais que le Jazz en particulier était très présent dans vos chansons. Plus dans les arrangements que dans sa dimension « improvisation »… Est-ce toujours le cas ?
Je crois que c’est Miles Davis qui a dit un jour « Le jazz, ce n’est pas ce que tu joues…mais la manière dont tu le joues »…Nous nous reconnaissons parfaitement dans cette idée !
Notre manière de composer et de jouer dans Song Saigon est certainement plus « jazz » que dans le premier album. Dans le sens ou nous avons totalement laissé libre-court à nos envies musicales !
Il en va de même pour les couleurs apportées par Nguyên Lê, Ray Lema et Gene Perez dans leurs conversations.
Et enfin…last but not least…il y a des solos dans l’album !
Malgré sa grande diversité musicale, l’album « sonne » d’une façon cohérente…
Peut-on parler d’une forme de « concept-album » avec Saigon comme « décor » ?
Oui en effet, je pense qu’il y a une grande liberté de ton dans cet album. En tous cas, c’est ce que l’on a cherché à rendre ! Tout en gardant un fil d’Ariane créatif. Nous avons beaucoup prêté attention à l’ordre de présentation des morceaux…il nous importait que ce Song Saigon, dans sa diversité sonore illustre cette impression forte que tu peux avoir lorsque tu déambules dans la ville…où tu peux passer en quelques instants de la tradition à la modernité…d’une ruelle au charme désuet à une route à la circulation frénétique…
D’aucuns pourront questionner le sens de notre travail peut être dans cet album. Mais je dois t’avouer quelque chose, après plus de 20 ans passés dans cette ville, nous le cherchons parfois encore… le sens !
Saigon est un mouvement perpétuel, aux multiples ambiances, un flot incessant, parfois chaotique…il se cache d’ailleurs un jeu de mot dans le titre de l’album : « Sông » signifie « rivière » en Vietnamien…et la "Sông Sài Gòn"  est le nom de ce véritable poumon fluvial majestueux et calme qui traverse la grande métropole…Un contre pied en quelque sorte face à cette agitation urbaine.
Photos: Thierry Tombelle.
Photos: Thierry Tombelle.

Photos: Thierry Tombelle.

Dans l’excellent documentaire vous concernant (Une Histoire vietnamienne), on entend d’autres personnalités comme La Grande Sophie ou encore Philippe Bouler parler de vous !
Le travail d’Emmanuel Hubert (https://www.youtube.com/watch?v=XNq76t9sVWI) sur ce documentaire est vraiment remarquable. Il a su exposer parfaitement le côté humain de notre histoire…Car c’est bien de cela finalement dont il s’agit. Toutes celles et ceux que tu peux voir et entendre dans ce film sont des rencontres et de amitiés qui ont parfois plus de 10 ans.
Le projet Viet Vo Da House est en constante évolution, écrite par nous, les musiciens, mais aussi par ceux qui nous accompagnent depuis toutes ces années et qui souvent le nourrissent. C’est le cas avec Philippe Bouler qui nous a fait faire notre première scène lors du Festival de Hue 2006, et qui est à l’origine de notre rencontre avec la Grande Sophie il y a peu à Hanoi.
Un voyage au Vietnam qui l’a beaucoup marquée (NDLR : La chanson Hanoï dans son dernier album Nos Histoires) du reste et qui a conduit à notre collaboration artistique et un featuring Live lors de son concert à Saigon.
2016 a été pleinement consacrée à la sortie de Song Saigon. 2017 sera celle du Live : en duo (guitare et machines) dans un contexte intimiste, et en groupe avec nos amis musiciens traditionnels Vietnamiens, pour des scènes plus larges et des sons plus amples. Ces deux formats nous intéressent beaucoup.
A quand une tournée en France, en Europe ?
Ca serait avec grand plaisir de retourner jouer en Europe…et en France bien sûr…et partager la scène avec tous les musiciens invités de l’album !
A bientôt donc je l’espère !
 
                              Entretien réalisé par Frantz-Minh Raimbourg.
 
* Même si l’album est sorti physiquement, on peut se le procurer pour l’instant en downloading gratuit (moyennant un petit effort de partage sur les réseaux sociaux) sur soundcloud. (https://soundcloud.com/vietvodahouse/sets/song-saigon1/s-D13M0)
VVDH (Christian Bouaziz) sur Scène avec Lê cát trọng lý et la Grande Sophie. (Photo: Emmanuel Hubert)

VVDH (Christian Bouaziz) sur Scène avec Lê cát trọng lý et la Grande Sophie. (Photo: Emmanuel Hubert)

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