Sun Ra et l’ombre projetée.

Publié le par Raimbourg Frantz-Minh

A l'occasion des prochains concerts du Sun Ra Arkestra en France (Sète le 08 juillet et au New Morning. Paris le 10), Rémy Louchart nous propose ce nouvel  article* sur le célèbre jazzman.
  Lors d’une interview pour la télévision française, on avait demandé à Sun Ra comment il imaginait son orchestre dans le futur. Il avait répondu, quasiment sans laisser le temps à la question de se terminer : "mon orchestre ne s’est pas encore produit, il est l’ombre de ce qui va arriver". Certains parviennent, par translations successives, à projeter leur pratique aux dimensions de l’univers. La musique de Sun Ra, qui vient de l’Espace, est une anticipation.
Ne retrouve-t-on pas cette ombre projetée à plusieurs endroits ? Dans "The Cry Of Jazz" (1959), le Sun Ra Arkestra est l’orchestre en résidence du film. On y voit l’ombre projetée des musiciens en train de jouer. Dans l’album "Nothing Is" (1966) figure le morceau "Dancing Shadows", une des compositions les plus célèbres de Sun Ra, que l’orchestre joue encore aujourd’hui. Que dire de "The Shadow World" ?
Sun Ra et l’ombre projetée.
Sun Ra et l’ombre projetée.
Songeons à la vie de l’orchestre depuis le départ de Sun Ra, en 1993. D’abord sous la direction de John Gilmore (jusqu’en 1995), puis de Marshall Allen, suivant en cela la hiérarchie naturelle de l’orchestre: John Gilmore était le numéro 2, Marshall Allen, le 3. Si l’on écoute jouer l’Arkestra aujourd’hui, on comprend à quel point il a gardé le son de l’orchestre de Sun Ra et, en même temps, comment il a été capable, à travers les compositions de Marshall Allen notamment, d’accroître le corpus existant, sans dénaturer le propos de départ, tout en le renouvelant. C’est un peu le tour de force auquel nous assistons. On se souvient du commentaire proverbial selon lequel Sun Ra a répété comme un forcené. Surentraînés, les musiciens ont gardé suffisamment d’élan, seuls.
Et que dire du musicien dit 'd’orchestre', voire, 'de pupitre', qui fait toute sa carrière, sans quasiment jamais en sortir, dans une seule formation ? Il se trouve à l’intérieur d’une ombre qui lui procure à la fois un abri, c’est-à-dire, de manière assez matérielle, du travail, sans aller en chercher ailleurs, et lui permet de se développer dans cet environnement pour, le moment venu, gagner un peu plus de lumière, en fonction des aléas de l’orchestre. Danny Thompson, par exemple, a toujours fait partie de l’orchestre (depuis 1969 tout du moins), toujours été dans les premiers pupitres, eu des responsabilités importantes (manager) et est resté dans l’ombre (comme Freddie Green pour l’orchestre de Count Basie).
En fin de compte, cet orchestre projette des ombres, lui-même.
                                                             Rémy Louchart.
 
John Gilmore (©Peter Yates).

John Gilmore (©Peter Yates).

Danny Ray Thompson and Marshall Allen. (©Lojze Kalinsek).

Danny Ray Thompson and Marshall Allen. (©Lojze Kalinsek).

* A lire sur ce blog ("Sun Ra, cet oasis", "Sun Ra, hommage à Walt Disney", "Sun Ra: The Magic City. Un chef-d'oeuvre permanent ?" par Rémy Louchart. publiés le 09 juin 2014 )

https://www.youtube.com/watch?v=-30H4MH7Tv8

https://www.youtube.com/watch?v=Zu3EsS7LRug

https://www.youtube.com/watch?v=qtHmqbnuZQs

Publié dans Jazz

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